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vendredi 11 juillet 2014
La communauté des sœurs Salésiennes Missionnaires de

jeudi 27 juin 2013
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Qui est Mgr Aristide GONSALLO ?

Le Révérend Père Aristide GONSALLO est né à Cotonou le 4 Septembre, 1966.

Il fait ses études aux petits séminaires :

  • Saint Joseph du Lac Adjatokpa,
  • Saint Paul de Djimé,
  • Notre Dame de Fatima a Parakou
  • et le grand séminaire Saint Gall de Ouidah de 1986 a 1992.

Il a été ordonné prêtre pour l’archidiocèse de Parakou, le 27 Décembre 1992 par Mgr Abraham KATTUMANA

Après son ordination, il a reçu les missions suivantes :

  • 1992-1997 : Professeur au Petit Séminaire à Parakou.
  • 1997-2001 : études de spécialisation en théologie et en littérature moderne, l’Université catholique d’Angers.
  • 2001-2003 : Professeur au Petit Séminaire à Parakou.
  • 2003-2004 : Doctorat en théologie à l’Université catholique d’Angers.
  • 2004-2008 : Professeur au Petit Séminaire à Parakou.
  • 2008-2012 : Master et Doctorat en Lettres Modernes à l’Université d’Etat d’Angers.
  • 2013-2015 : Curé de la paroisse Saint Martin de Papané et aumônier diocésain en charge de la réorganisation du service de santé du diocèse de Parakou.

Nommé aujourd’hui, à l’âge de 49 ans, évêque de Porto-Novo par le pape François, il commence une nouvelle page de sa vie. Que le Seigneur lui donne de l"écrire en toute sainteté et quil bénisse son diocèse !

V. Frumence

Habemus Episcopum !

« Le Saint Père, le pape François a nommé, ce jour, à ce moment, midi à Rome et 11h ici au Bénin, samedi 24 octobre 2015, le nouvel évêque du diocèse de Porto-Novo. Le nouvel élu est le Révérend père Aristide GONSALLO. Né à Cotonou le 4 septembre 1966, il a été ordonné prêtre pour l’archidiocèse de Parakou le 27 décembre 1992. Depuis 2013, il est curé de la paroisse saint Martin de Papané. ».

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Mgr Aristide GONSALLO, 5eme Evêque de Porto-Novo

C’est le message porté par le Nonce Apostolique près le Bénin et le Togo, Mgr Brian UDAIGWE, au nom du Saint Père le Pape François, aux agents pastoraux et au peuple de Dieu réunis autour de son administrateur apostolique, Mgr Jean Benoît GNAMBODE, au cours de l’installation du Père Epiphane OKOU, actuel curé de la paroisse du Sacré Cœur de Ouinlinda.

Ce message tant attendu par tous, a été accueilli par des vivats, des hourras, une pluie d’acclamations et des chants d’actions de grâce et de jubilation.

En effet, invités à la cérémonie d’installation du père Epiphane OKOU, prêtres, religieux, religieuses et laïcs ne se sont pas fait prier pour honorer de leur présence cette célébration, en la matinée du samedi 24 octobre 2015. Sonnerie de cloche, ouverture des portes, tels sont les rituels auxquels a sacrifiés la nouveau curé de la paroisse Sacré Cœur à l’entame de la célébration à 10h. C’est après la lecture de la lettre de nomination par le curé doyen, le père Charlemagne KOUDOROH, la lecture des textes du jour et l’homélie de Mgr Jean Benoît GNAMBODE que le Nonce Apostolique a fait son entrée surprise qui a coupé le souffle à plus d’un, exactement à 11h02mn.

Prenant place à l’ambon, Mgr Brian UDAIGWE, a expliqué qu’il vient porter un message de la part du Saint Père, celui attendu par tous. Des longues ovations ont entrecoupés son message dans lequel il a annoncé la nomination du père Aristide GONSALLO comme cinquième évêque de Porto-Novo. Il a ensuite exhorté agents pastoraux et laïcs à accueillir et à collaborer avec le nouvel évêque quand il arrivera, car la bonne marche du diocèse dépend de cette collaboration.

Prenant la parole, l’Administrateur Apostolique du diocèse de Porto-Novo a rappelé combien l’attente a été longue et a remercié le Nonce Apostolique pour cette bonne nouvelle du don que Dieu a fait aux fils et filles de son Eglise à Porto-Novo, de Mgr Aristide GONSALLO. En communion avec le collège des consulteurs et au nom de tous les prêtres, des religieux – religieuses, des catéchistes et des fidèles chrétiens, Mgr l’Administrateur Apostolique a redit la totale communion et l’engagement de tous à œuvrer avec le nouvel évêque pour que l’annonce de l’Evangile s’enracine dans les cœurs, tout en rassurant le nouvel élu de la prière de toutes les communautés du diocèse.

A ces mots, Le Nonce Apostolique s’est retiré et la célébration d’installation du curé de la paroisse du Sacré Cœur de Ouinlinda a poursuivi son cours dans le recueillement, quoique la joie se lise sur tous les visages.

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Mgr Aristide GONSALLO, lors d’une conférence

Trois ans et une semaine après le décès de Mgr Réné-Marie EHOUZOU, quatrième évêque, le diocèse de Porto-Novo a la joie de prendre connaissance ce samedi 24 octobre 2015, du nom de son cinquième évêque en la personne du Révérend Père Aristide GANSALLO. Qu’il soit le roc où s’appuiera le peuple de Dieu et la source où ses enfants s’imprègneront de l’Evangile.

Sœur Blanche Christiane AVOCE

Servante de l’Amour Rédempteur du Christ

Une nomination d’Evêque au coeur d’une installation de curé de Paroisse.

Sacré Cœur de Porto Novo : Une nomination d’Evêque au cœur d’une installation de Curé de la Paroisse de Sacré Coeur de Porto Novo.

Il sonnait 10h ce samedi 24 Octobre 2O15 lorsque la grande foule de clercs et de laïcs faisait vibrer les voûtes de l’imposante Eglise du Sacré Cœur de Ouilinda, où devaient se dérouler les cérémonies d’installation de son nouveau curé en la personne du révérend Père Epiphane OKOU ; précédemment curé de la paroisse Saint Martin de Hounsa. La messe a été présidée par le Révérendissime père Jean Benoît GNAMBODE, Administrateur Apostolique du diocèse. Conformément au rituel d’installation et aux normes liturgiques, les cérémonies se sont déroulées harmonieusement et pieusement avec la participation, on ne peut plus active des chantres, servants, et marguillers en passant bien sûr par les fidèles qui vivaient avec les Prêtres concélébrants cette célébration de façon toute particulière. Et pour cause !

Après le prône de Mgr l’Administrateur, qui encensa les mérites du nouveau curé et l’exhorta à l’exercice parfait de ses trois fonctions (enseignement, sanctification et gouvernement) dans un esprit de Miséricorde et de Communion avec ses ouailles, un calme d’attente se fit et Mgr Brian UDAIGWE, nonce apostolique pres le Benin et le Togo, fit son entrée dans l’Eglise et se rendit à l’ambon. Nous l’aurions dit plus tôt : le peuple de Dieu et ses pasteurs avaient été non seulement invités pour l’installation mais aussi pour l’annonce d’une nouvelle aussi pectorale qu’il eut fallu nous rassembler au sein du cœur de Jésus–Christ pour nous la porter. Dans la plus grande synchronisation temporelle, alors qu’il sonnait 11h au Benin et 12h à Rome, le Nonce Apostolique près le Bénin, lu in extenso la lettre de nomination qui fit du Père Aristide GONSALLO, le 5ème Evêque du Diocèse de Porto Novo. Sous les acclamations et le cantique du Jubilato Deo, l’émissaire du pape se retira pour laisser continuer la messe dans sa liturgie Eucharistique.

La succincte biographie qu’il nous livra hic et nunc sur le nouveau pasteur nous donne de comprendre qu’après son ordination à Parakou en 1992, il fut longtemps professeur au petit séminaire Notre Dame de Fatima de Parakou, puis curé de la paroisse saint Martin de Papanè, suite à ses deux diplômes de doctorats en Théologie pastorale et en Lettres Modernes à l’Université Catholique de Angers (France). Ecce homo ! après une si longue attente on peut bien se permettre de s’exprimer ainsi. Car si pour le trouver il a fallu trois ans, on est en mesure de comparer au Petit Jésus qui fut trouvé par ses parents au Temple après trois jours de recherche. (Cf. Luc 2, 46)

La sainte messe de ce jour prit fin avec les diverses allocutions de Monseigneur Jean Benoît GNAMBODE, du Père Epiphane OKOU qui planta le décor de sa pastorale avec l’exhortation à l’aider dans l’immédiat à changer le toit de l’Eglise en vue de Jubilé d’or de la Paroisse le 25 juin 2016. Et enfin du père Jules Carrel DOSSAH qui nous demandait d’insérer dans la Prière Eucharistique, non seulement le nom de notre évêque nommé, mais également celui de l’administrateur qui continue de gérer les affaires courantes du diocèse jusqu’à l’installation de Monseigneur GONSALLO. Le cœur de Dieu est insondable ; le cœur de Dieu est impénétrable et ce qui en ressort est ineffable.

Béni sois tu Seigneur pour tes pasteurs !

Père Carly DEGBELO.

Conférence de presse

Dans le cadre de l’ordination épiscopale de Mgr Aristide GONSALLO, une conférence de presse a été co-animée par les Pères Jules Dossah, vicaire général du diocèse de Porto—Novo, Frumence Vodounnou, responsable diocésain de la communication et Eric Oloudé OKPEITCHA, directeur de la cellule de communication de la Conférence Épiscopale du Bénin, le jeudi 17 décembre 2015 à 10h, dans la salle saint Jean-Paul II de la Cathédrale de Porto-Novo. Voici la Synthèse…

"Né le 04 septembre 1966 à Cotonou et ordonné prêtre le 27 décembre 1992 pour le compte de l’archidiocèse de Parakou, Mgr Aristide Gonsallo, cinquième évêque du diocèse de Porto-Novo, sera ordonné le samedi 19 décembre 2015 à 10h 00 sur l’esplanade de la Cathédrale Notre Dame de l’Immaculée Conception de Porto-Novo. Ce qui n’est pas sans rappeler l’ordination 45 ans plus tôt du deuxième évêque de Porto-Novo, Mgr Mensah Vincent de vénérée mémoire. Mgr Aristide est un homme de silence, de foi et de prière qui jouit d’une vie intérieure très profonde et très intense. Sa devise « Non nobis sed tibi », « non pas à nous mais à toi » s’inspire du psaume 113b, 1). Ses armoiries se composent de plusieurs symboles dont le palmier, la barque et les filets qui font référence à des éléments locaux. Trois rites meubleront le cœur de la cérémonie du samedi : les rites préparatoires (interrogation de l’ordinand et les litanies des saints), les rites essentiels (imposition des mains, imposition du livre des Évangiles et prière consécratoire) et enfin les rites complémentaires (onction du saint-chrême, remise du livre des évangiles, de l’anneau, de la mitre, de la crosse et installation sur la cathèdre). Une fois ordonné et intronisé, l’évêque diocésain a pour mission d’enseigner, de sanctifier et de guider le peuple de Dieu qui lui est confié avec bienveillance. Il marche avec son troupeau : il est devant pour indiquer la route, au centre pour le maintenir uni et derrière pour éviter que quelqu’un reste en arrière. (cf. Pape François). Avec ses 650.000 catholiques dont 83.340 catéchumènes et 215 prêtres, le diocèse de Porto-Novo est l’un des plus grands des dix diocèses que compte le Bénin.

Au soir du samedi 19 décembre 2015, il commencera à écrire de nouvelles pages de son histoire." Déjà le 20 décembre, il procédera à l’ouverture de la porte sainte du Jubilé à la cathédrale.

Père Eric Oloudé OKPEICHA

Chaleureux accueil de Mgr GONSALLO à Porto-Novo

Mgr Aristide GONSALLO a été chaleureusement accueilli ce soir par une foule de prêtres, religieuses, religieux et laïcs à l’entrée de la ville Capitale « Porto-Novo », « Adjatchè » ou « Hogbonou ». Hourra, vivat, chants et danses au rythme « Gangbo » typiquement porto-novien ont rempli l’atmosphère à la descente de voiture du nouveau pasteur. Il était accompagné de nosseigneurs Pascal N’Koué (archevêque de Parakou) et de Victor Agbanou (évêque de Lokossa).

C’est au Père Jules Dossah, vicaire général du diocèse qu’est revenu l’honneur d’adresser le mot de bienvenue. Il prit un bain de foule quelques instants d’abord avant de se rendre au sanctuaire de Maria Tokpa. Là aussi, attendait la foule chantant et dansant. A tout seigneur tout honneur. Dès qu’il franchit le portail, il se rendit à la chapelle de l’adoration permanente. Il s’y recueillit profondément quelques minutes pour se rendre au pied de la Vierge des Lagunes. "Tosisa ma jo hwe do, Maria non che ma jo mi do..." qu’il entonna, fut repris en chœur par l’assemblée.

Il vient ainsi de s’incliner devant le Fils, et de se confier à sa sainte Mère.

Le carrefour Beaurivage était noir de monde quand, aux environ de 18H45, le cortège épiscopal y arriva. Danse traditionnel, Gangbo et Kaka... Le nouvel évêque descendit de la voiture et à pied, parcourut le tronçon de 400 mètres qui le séparait du portail de l’évêché. Le même accueil avec la libation de l’eau. Sur les marches du bâtiment épiscopal, l’attendait l’administrateur apostolique. Il l’étreignit dans ses bras puis le conduisit à l’oratoire. Recueillement, silence, pendant que la foule, à l’extérieur, exultait de joie et d’allégresse.

Le nouvel évêque de Porto-Novo, Mgr Aristide Gonsallo, vient ainsi de prendre possession de son évêché en attendant de prendre possession de son siège épiscopal demain, 19 décembre 2015 à la suite de son sacre.

Homélie de Mgr Aristide Gonsallo : Mari-Tokpa 2016

Frères et sœurs en Christ,

Nous voici rassemblés en ce premier dimanche de Carême pour notre pèlerinage marial diocésain. Reconnaissons-le tout de suite : Il n’y a pas de hasard aux yeux de Dieu. Tout est grâce. D’où nous vient cette grâce ? Elle nous vient du fait que, contrairement aux autres années, ce pèlerinage marial s’insère dans le carême qui est un temps de pèlerinage par excellence, un temps de marche à la suite du Christ. De façon ordinaire, c’est le dimanche du temps ordinaire après la fête de Notre Dame de Lourdes qui est réservé à notre pèlerinage diocésain. Et il se fait que cette annéenotre pèlerinage marial diocésain au pied de Notre Dame des Lagunes coïncide avec le premier dimanche de notre pèlerinage vers Pâques. Dieu soit béni. Que Marie soit louée et exaltée.

Dans ce contexte, les lectures du jour que nous avons maintenues à juste titre se prêtent bien à cette thématique spirituelle du pèlerinage. Dans la première lecture, nous avons entendu le Credo, la profession de foi du pèlerin israélite :Mon père était un Araméen errant, nomade. Comme nos ancêtres dans la foi, nous marchons, nous cheminons vers la lumière de Pâques. Certes, il y a des épreuves sur la route comme ce fut le cas jadis pour Israël avec le dur esclavage, la misère, l’oppression et les peines. Mais Israël en marche a crié vers le Seigneur. Et Dieu a entendu sa voix. Dieu a fait sortir son peuple d’Egypte par des signes et des prodiges. Le Seigneur se met en route avec nous pour nous aider à affronter les épreuves. En accomplissant notre pèlerinage diocésain et en entrant dans l’esprit même du pèlerinage du temps de Carême, nous nous unissons à tous nos frères et sœurs malades et souffrants. Et nous savons combien nous aussi nous sommes malades non seulement au plan physique et physiologique mais aussi et surtout au plan spirituel. Autant le pieux Israélite apportait les prémices de son champ pour les offrir au Seigneur, autant nous apportons au pied de l’autel et de notre Dame des Lagunes non seulement les fruits de notre terre mais aussi nos souffrances, nos maladies, nos peurs, nos rancœurs. Et c’est pour nous guérir que l’Eglise nous offre ce temps de grâce, ce temps favorable, ce jour du salut.

Certes, chaque période de l’année liturgique est un temps favorable à la conversion et à la guérison de l’âme. Mais le temps de carême résonne de manière particulière à nos oreilles et dans nos cœurs. Pas un chrétien n’est insensible au mot « Carême », car il évoque spontanément les austérités du christianisme. L’information sur les mortifications de saint Jean-Paul II à la fin de sa vie a fait les délices de certains médias. Il est vrai qu’autrefois, on nous invitait à modifier le rythme de l’existence, à renoncer aux divertissements et même aux spectacles. Cet appel de l’Eglise aux renoncements fait sourire encore quelques-uns dans notre société contemporaine qui trouve siarchaïque de parler de tout cela. Cependant si la pratique pénitentielle s’est beaucoup allégée en certains endroits, l’Eglise continue à faire de ce temps de carême une sorte de retraite marquée par la prière, la mortification, le partage. Elle insiste avec une force accrue sur la nécessité de la pénitence au sens biblique du terme, c’est-à-dire du repentir et de la conversion. En quoi consiste ce retournement du cœur, ce changement de nos mœurs ? Pourquoi commence-t-on ce premier dimanche par le retrait de Jésus au désert ?

Jésus fut conduit à travers le désert pendant quarante jours, nous dit saint Luc. Qu’est-ce qui nous est ainsi proposé ? Il est vrai que beaucoup de personnes sont incapables de réaliser leurs rêves ou leurs désirs comme par exemple : se libérer du bruit, fuir les promiscuités, s’éloigner des servitudes trop lourdes de la vie en société. D’autres au contraire recherchent les contacts humains, les va-et-vient dans un quartier ou en quelque endroit qui les arrache à l’isolement. Mais le désert auquel l’Eglise nous invite aujourd’hui ne consiste pas d’abord à prendre du recul par rapport à notre entourage, à desserrer les liens, à trouver le silence extérieur, si bienfaisant soit-il. Il s’agit de vouloir une certaine solitude intérieure. Etre conduit au désert par l’Esprit, c’est vivre un certain recueillement où chacun voit clair en lui. Le désert est une école de confiance où l’on apprend à tout recevoir du Seigneur au jour le jour.

Mais ce désert intérieur appelle un dur affrontement. Jésus lui-même est allé au désert pour être mis à l’épreuve. Contrairement à ce que beaucoup imaginent, on ne va pas au désert par exotisme ou compensation de suractivité. On ne prend pas le chemin du désert pour être tranquille, pour avoir la paix, pour vaquer dans le confort à ses exercices de piété. Les Pères du désert, à l’origine de nombreuses formes de vie contemplative, n’ignoraient pas qu’en abandonnant l’agitation des grandes cités du monde, ils n’échapperaient pas à eux-mêmes et aux forces mauvaises.Car au désert, il y a aussi le diable. En fait le diable est partout et surtout au-dedans de nous. Il est composé de toutes ces forces qui nous abîment, de toutes ces puissances de mort, de haine, d’égoïsme, de jouissance suicidaire qui nous habitent mais dont nous sommes obscurément complices. Il est dans ces duretés qui nous coupent des autres et de nous-mêmes. Il est le diviseur, le menteur, celui qui nous perd et nous désespère.

Est-ce donc pour connaître de nouveaux assauts, pour subir des tentations inédites, que nous-mêmes, nous sommes entraînés aujourd’hui par l’Esprit ? Il est bien possible, évidemment, que ces quarante jours soient pour nous des semaines cruciales avec une tempête inattendue qui vient bousculer nos certitudes, ou encore un événement imprévu qui dérange soudain nos sécurités et même notre foi. Le combat que nous avons à mener consiste à nous mettre en face de notre conscience pour faire le bilan des tentations quotidiennes auxquelles il nous arrive de céder, par habitude, avec quelques bouffées de remords et l’intention plus ou moins confuse d’y remédier. La triple tentation de Jésus est d’une actualité saisissante : la tentation du savoir avec les pierres à transformer en pains, la tentation de l’avoir avec la possession des royaumes, la tentation du pouvoir avec la puissance de se jeter dans le vide.L’Evangile de Saint Luc nous révèle ainsi que les forces diaboliques qui divisent les hommes et qui les séparent de Dieu sont au nombre de trois.

D’abord, il y a l’envie perfide de changer les pierres en pain, l’envie de vouloir tout manger, tout absorber, tout assimiler, même ce qui est immangeable, même ce qui résiste le plus fortement à notre convoitise, même les pierres, même les autres. Ensuite, il y a l’envie sournoise de dominer tous les royaumes de la terre, l’envie d’imposer sa volonté, l’envie d’utiliser les autres pour réaliser ses propres projets. Enfin, nous avons l’envie insidieuse de tenter Dieu, de le mettre à l’épreuve, en lui demandant de nous donner une vie facile, faites de plaisirs et de joies. Au contraire, prier Dieu, c’est lui demander de nous donner la force de vivre à fond les moments faciles mais également les moments difficiles, la force de mener une vraie vie et non pas une vie rêvée, la force d’être ce que nous sommes capables d’être et de ne jamais nous arracher à ce que la vie attend de nous. Nous ne sommes sur terre ni pour souffrir, ni pour vivre facilement, mais pour vivre intensément le moment présent.

Ainsi, au sens du pèlerinage, il faut associer la thématique du désert où Jésus nous conduit avec lui pendant quarante jours et quarante nuits. Notre pèlerinage n’aura de sens que si nous nous laissons entraîner au désert avec Jésus, maître des espaces infinis. Or, nous savons que le diable, le tentateur n’aime pas le désert. Il préfère les espaces plus riches et plus tranquilles où il peut nous manipuler sans que nous nous en apercevions. C’est dans le silence du pèlerinage au désert que nous pouvons le mieux le démasquer. C’est dans le désert des privations volontairement assumées que nous pouvons témoigner que nous sommes capables de faire triompher la lumière sur l’ombre, la vie sur la mort, l’être sur le paraître, l’amour gratuit sur la possession qui étouffe. Il y a en nous une certaine complicité avec le mal. Sans être vraiment d’accord avec nos péchés, nous les tolérons néanmoins. Satan demandait à Jésus de s’agenouiller devant lui. A genoux, nous le sommes déjà par le consentement, par le oui que nous donnons en retardant tout effort de conversion. Le plus grand péché de l’homme s’assimile à ce délai qu’il s’accorde et qu’il reporte sans cesse. Nous sommes ainsi semblables au malade qui dispose sur sa table des remèdes auquel il ne touche absolument pas.

Pendant le carême, nous vivons le face à face avec notre conscience pour déceler nos péchés en les nommant, sans réclamer un nouveau sursis à la miséricorde de Dieu surtout en cette année du Jubilé de la Miséricorde. Cette aventure du carême appelle trois attitudes. La première consiste à prier pour ne pas remettre à demain notre conversion, car c’est aujourd’hui le jour du salut. La deuxième consiste à jeûner : quand tu jeûnes, parfume-toi la tête, sans doute par pudeur d’âme, par délicatesse envers le prochain mais surtout parce que se convertir, c’est peu à peu entrer dans la joie. La troisième consiste à partager son pain avec celui qui a faim et de couvrir le malheureux sans abri. Dans l’esprit même du Jubilé de la Miséricorde, le temps de Carême est le temps du partage par excellence, le temps de la mise en pratique des œuvres de miséricorde spirituelles et corporelles.

En ce temps de carême, je vous invite à tourner vos regards vers la Vierge Marie, Notre Dame des Lagunes pour la contempler et l’écouter. Que la Vierge Marie nous accompagne en ces jours de prière intense et de pénitence. Elle nous révèle aujourd’hui un merveilleux chemin de vie chrétienne.Marie, Notre Dame des Lagunes, la première en chemin, est le modèle des pèlerins dans la foi. Marie est en chemin avec nous.Elle est en communion avec Jésus, dans une compassion maternelle. Elle ne fait plus qu’un avec lui. Jésus associe pleinement Marie à l’enfantement de l’Eglise en lui donnant de devenir la Mère de chacun de nous dans la puissance de l’Esprit Saint.Alors, pendant ce carême, comme le disciple bien-aimé, prenons Marie chez nous et entrons à notre tour dans cette fécondité de grâce que le Seigneur veut pour chacun de nous. Prions pour que nous soyons à notre tour fécond. Prendre Marie comme modèle de pèlerinage, c’est accepter de vivre ce cœur à cœur avec ceux qui souffrent dans leur corps. C’est accepter de vivre la compassion avec ceux qui sont dans la douleur de la mort. Beaucoup de malades par leur courage et leur décentrement d’eux-mêmes, témoignent de la Foi qui les anime. C’est l’exemple de ce malade terrassé au fond de son lit mais dont le visage respire la sérénité, car il sait qu’au bout de la nuit se trouve le soleil de Pâques. C’est l’exemple de la veuve ou de l’orphelin qui continuent à avancer dans la vie dignement et sans regrets, car ils savent que Dieu est leur bâton de pèlerin qui les aidera à avancer malgré la douleur.

Permettez-moi d’achever mon exhortation par les mots mêmes du pape François dans son message pour la 24e Journée Mondiale de prière pour les malades : « À tous ceux qui sont au service des malades et des personnes qui souffrent, je souhaite d’être animés par l’esprit de Marie, Mère de la Miséricorde.« Que la douceur de son regard nous accompagne en cette Année sainte, afin que tous puissent redécouvrir la joie de la tendresse de Dieu » (MisericordiaeVultus, 24) et la garder imprimée dans nos cœurs et dans nos gestes. Confions à l’intercession de la Vierge les angoisses et les tribulations, ainsi que les joies et les consolations et adressons-lui notre prière afin qu’elle tourne vers nous ses yeux miséricordieux, surtout dans les moments de douleur, et qu’elle nous rende dignes de contempler aujourd’hui et à jamais le Visage de la Miséricorde, son Fils Jésus ». Le Seigneur soit avec vous.

Mgr Aristide GONSALLO

Sous la conduite de l’Esprit Saint, allons aux urnes

Bientôt aux urnes sous la conduite de l’Esprit Saint L’imminence des élections présidentielles mobilise la classe politique béninoise mais c’est tout le peuple béninois qui aspire à voter dans la paix et la sérénité. Voter est un devoir civique qui mérite d’être accompli librement et en toute conscience. C’est un tournant décisif qui se dessine une fois de plus dans l’histoire du peuple béninois. En effet depuis l’avènement de l’historique Conférence Nationale des Forces Vives de la Nation en février 1990, le Bénin a toujours su attirer l’attention bienveillante des uns et des autres en matière d’élections pour des mandats déterminés. Notre beau pays a toujours su inventer et trouver le profil de son président de la République. Le choix d’un candidat n’est pas d’abord une œuvre humaine. L’histoire sainte nous révèle que c’est Dieu qui appelle et confie une mission. L’élection des Rois d’Israël et leur consécration par Dieu lui-même montre à quel point l’élu de Dieu constitue la prunelle de ses yeux. Le choix de Dieu trouve son ultime accomplissement en Jésus Christ. L’exercice du pouvoir de la royauté par l’Elu de Dieu est synonyme de service. Jésus est Roi en servant. La grandeur de Dieu se vit dans l’humilité, le don de soi et la donation de sa vie. Fort heureusement, cette année de grâce, celle du Jubilé de la Miséricorde Divine nous permet de redécouvrir davantage comment l’autorité est service. Jésus le Roi est venu dans le monde pour servir les hommes à travers les œuvres de miséricorde corporelles et spirituelles. Jésus a nourri les foules. Il a rassasié de pain les affamés. Il a libéré l’homme de la peur et des prisons. Il a guéri les malades. Il a ouvert les yeux des aveugles. Il a fait parler les muets, Il a fait entendre les sourds. Il a libéré l’homme de l’ignorance en instruisant des foules entières. En un mot, le Roi des Rois s’est mis au service de l’homme quel qu’il soit. Voter en cette année du Jubilé de la Miséricorde, n’est donc pas un fruit du hasard. C’est opter pour l’expression concrète et la promotion des œuvres de miséricorde. Voter dans l’esprit du Jubilé de la Miséricorde c’est faire porter son choix sur celui qui promouvra les œuvres de miséricorde dans l’esprit du témoignage unique donné par Jésus lui-même. Nul ne saurait en aucun cas porter atteinte à la liberté de conscience car c’est un droit inaliénable et inaltérable que Dieu a donné à l’homme dès l’origine. En tant que pasteur des âmes il s’agit pour moi d’aider les Béninois et Béninoises en âge de voter, les hommes et les femmes de bonne volonté à accomplir leur devoir de citoyen en toute conscience et en toute honnêteté. Nous sommes tous appelés aux urnes pour choisir le prochain Président de la République dont il faut définir le profil. Les supputations et les conjectures vont bon train. Le Président de la République étant le premier des Béninois, il va de soi que celui qui postule à ce poste doit être bien connu pour son amour du prochain, son patriotisme, son intégrité, son humilité, son ouverture d’esprit, sa culture, son sens du devoir et de la parole donnée, son respect du bien commun et de la Constitution dans laquelle il est stipulé à juste titre : « Le président de la République est le Chef de l’Etat. Il est l’élu de la Nation et incarne l’unité nationale. Il est le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité territoriale et du respect de la Constitution, des traités et accords internationaux. » (Cf. Constitution de la République du Bénin, Titre III, Art. 41). Que nous reste-t-il maintenant sinon prendre notre courage à deux mains, travailler avec les genoux en invoquant l’Esprit du Seigneur, l’Esprit de conseil et de discernement aussi bien sur les candidats que les électeurs ! C’est à ce prix que nous pourrons discerner et choisir celui que le Seigneur appelle à présider aux destinées de notre pays. Aussi voudrais-je me faire l’écho et une des voix autorisées de la Conférence Episcopale du Bénin dans sa lettre pastorale intitulée « Sous le regard de Dieu, Election présidentielle 2016 » datant du 15 janvier 2016. C’est sur les critères d’élection proposés par les évêques du Bénin que j’achève mon exhortation. Alors tous aux urnes et que Dieu vous bénisse ! Pour qui voter ? Pour le candidat ou la candidate dont on apprécie les qualités, capacités et compétences personnelles. Il ou elle devrait présenter généralement les critères suivants : • Avoir la crainte de Dieu et le respect du sacré ; • Avoir le sens de l’écoute et l’aptitude à travailler en équipe ; l’ouverture d’esprit, la disponibilité, le courage ; • Avoir le sens de responsabilité ; • Avoir la capacité de veiller à la saine application des lois, à respecter le principe de la séparation des pouvoirs ; • Avoir la capacité d’une bonne gestion sociale des biens publics et de la stabilité du contrat social global ; • Avoir la garantie d’une culture politique solide, une expérience avérée dans le domaine politique, et de leadership ; • Avoir une connaissance suffisante des réalités du Pays (géographique, historique et socio-anthropologique) ; • Avoir une compétence professionnelle avérée ; • Avoir le sens du patriotisme et de l’unité nationale (grande capacité à être au service des autres dans leur diversité) ; • Avoir un niveau intellectuel appréciable ; • Avoir une capacité physique rassurante et un équilibre mental ; • Être une personne de conviction, honnête, de bonne moralité ; digne de confiance ; • Être rassembleur, charismatique, clairvoyant, efficace et visionnaire pour le Pays ; • Être épris de justice et de paix.

+ Aristide GONSALLO Evêque de Porto-Novo

Clôture de l’année la vie consacrée : Homélie de Mgr

Frères et sœurs en Christ,

Chers religieux, chères religieuses, âmes consacrées,

L’Année de la vie consacrée, voulue par le Pape François, a débuté le samedi 29 novembre 2014 et a pris officiellement fin le 2 février dernier à l’occasion du Jubilé de la Miséricorde pour la Vie Consacrée à Rome qui a rassemblé des milliers de personnes consacrées venant du monde entier. A l’ouverture de l’année de la Vie consacrée, le pape François avait attiré l’attention des âmes consacrées et de l’Eglise entière sur trois objectifs précis à savoir : regarder le passé avec reconnaissance, vivre le présent avec passion et embrasser l’avenir avec espérance. Au regard des initiatives qui ont été prises pour répondre aux objectifs du pape, nous rendons grâce pour la présence et pour l’apport inestimable de la vie consacrée sous toutes ses formes.

Aujourd’hui, chaque religieux, chaque religieuse, chaque âme consacrée de notre diocèse rend grâce au Seigneur en relisant avec joie l’histoire de sa vocation, se souvenant de l’appel entendu, de la réponse donnée avec un enthousiasme généreux, et de l’amour fidèle du Seigneur tout au long du chemin parcouru. Au terme d’une année d’attention particulière sur la vie consacrée, nous mesurons combien le témoignage des âmes consacrées est une force pour soutenir l’Eglise et faire de ses membres de vrais disciples du Christ dans la fidélité au baptême. Par un mot, nous pouvons résumer tout ce que nous avons vécu au cours de cette Année de la Vie consacrée. C’est la gratitude pour le don de l’Esprit Saint qui souffle toujours sur l’Église à travers les différents charismes.

Dans l’attention aux plus pauvres, aux plus souffrants et aux plus démunis de nos frères et sœurs, le témoignage que nous portons réveille et stimule le monde dans lequel nous exerçons notre apostolat. Dans l’esprit même du Concile Vatican II (Gaudium et Spes et Perfectae Caritatis), toutes les formes de vie consacrée, selon leurs charismes, sont appelés à être constamment en mission, dans le partage des joies et des espérances, dans la communion aux tristesses et aux angoisses des hommes de ce temps, surtout des pauvres et de tous ceux qui souffrent. Le témoignage indispensable des âmes consacrées dans leur réponse à la mission baptismale a conduit les fidèles à redécouvrir l’Evangile et la gratuité de l’appel du Seigneur. Pendant une année entière, l’attention de l’Eglise a été orientée vers la vie consacrée. La clôture diocésaine de l’année de la vie consacrée n’est pas une fin en soi ni une parenthèse mais un nouveau départ. Il ne s’agit pas de se frotter les mains ni de se satisfaire de quelque témoignage élogieux et éloquent que nous avons laissé suite au bilan de cette année intense et riche de manifestations spirituelle et d’intériorisation de la vie consacrée.

La clôture de l’année de la Vie consacrée est aussi un rendez-vous de l’Année sainte de la Miséricorde. Le passage de l’année de la vie consacrée au Jubilé est marqué par un mot clé : Miséricorde. Le Pape François lui-même a suggéré cette perspective pour le chemin futur de toutes les âmes consacrées dans le monde. Et comment ne pas se laisser convaincre une fois de plus qu’il n’y a pas de hasard aux yeux de Dieu et que tout est grâce pour celui qui sait lire les signes de Dieu ! Nous avons choisi la date du samedi 20 février pour célébrer la clôture diocésaine de la Vie consacrée car le samedi 7 était réservé à la clôture nationale à Parakou, le samedi 13 était réservé au pèlerinage diocésain de Maria Tokpa, notre Dame des Lagunes.

Et voici qu’aujourd’hui, jour choisi, samedi de la première semaine de Carême, nous entendons dans l’Evangile du jour les paroles mêmes du Christ qui constituent le thème de l’année de la Miséricorde : « Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Matthieu). En d’autres termes, soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux (Luc).En fait, il plait au Seigneur de demander particulièrement aux consacrés, religieux, religieuses, de toujours prier et d’agir comme des témoins privilégiés de l’amour miséricordieux du Seigneur. Ainsi, en accomplissant des actes prophétiques et courageux, les âmes consacrées deviendront des apôtres et des témoins infatigables de la miséricorde du Père ! Chers religieux, chères religieuses, âmes consacrées, l’année étant conclue, il est temps de se tourner vers l’avenir. Remarquons bien la belle circonstance de la clôture de l’année de la vie consacrée qui survient au cours de l’année sainte de la miséricorde. C’est un signe et une exhortation à marcher vers ma miséricorde, celle qui nous vient de Dieu, celle que nous comprenons à travers l’expérience de Dieu.

Merci pour votre témoignage de vie et votre engagement.Permettez-moi de vous rappeler les mots du pape François à votre endroit : « Les consacrés sont appelés à être des hommes et des femmes de la rencontre, un signe concret et prophétique de la proximité de Dieu ». Mais comment être apôtre et témoin infatigable de la miséricorde du Père ? Il nous faut tout simplement nous référer aux lectures du jour comme la charte, la feuille de route pour un nouveau départ dans la vie consacrée.

Le message délivré par Moïse dans la première lecture est une interpellation à l’endroit de ceux et celles que Dieu choisit aujourd’hui. En cette clôture diocésaine de la vie consacrée, la Miséricorde du Père vous invite, âmes consacrées, à mettre davantage en pratique les décrets, les ordonnances du Seigneur, et cela, de tout votre cœur et de toute votre âme. Mais le Seigneur vous attend à un tournant décisif en mettant sous vos yeux un évangile exigeant pour être miséricordieux comme votre Père, aussi bien dans vos communautés religieuses respectives que dans les missions où vous exercez votre apostolat. Les personnes consacrées n’iraient pas en mission dans les lieux les plus difficiles si elles ne vivaient pas la miséricorde. S’il fallait caractériser l’évangile du jour, nous pourrions dire que c’est une « mission impossible » : aimer ses ennemis, être miséricordieux comme le Père. En effet, l’évangile renverse les valeurs de ce monde, il institue un nouveau mode de relations qui va à l’encontre de nos schémas classiques et des valeurs véhiculées par notre monde. Jésus affirme ce bouleversement de valeurs avec toute une série de phrases : « Vous avez appris... et moi je vous dis ». L’une de ces paroles « subversives » de Jésus concerne justement l’amour des ennemis. Le passage de l’évangile que nous avons lu commence par ces mots : « Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien moi je vous dis : Aimez vos ennemis ». Ce renversement des valeurs apparaît tellement contraire à la nature humaine que notre réaction spontanée de religieux, religieuse la déclare impossible. Ce serait effectivement impossible si Dieu ne nous en donnait pas la capacité et la force.

En effet, cet amour dont Jésus nous parle et qui va jusqu’à aimer son ennemi, est un amour divin, un amour dont Dieu est la source. C’est ainsi que Dieu aime. Dieu en effet aime et continue à aimer ceux qui sont ses ennemis. C’est l’attitude des parents que leur enfant a rejetés. Ce devrait être aussi l’attitude des âmes consacrées qui continuent à aimer celui qui ne les aime plus, pire encore à aimer celui qui leur fait du mal. C’est ainsi que Dieu se présente vis à vis de nous. C’est à juste titre que le pape François écrit dans la bulle Misericodiae Vultus au n° 9 : « L’amour miséricordieux des chrétiens [des âmes consacrées] doit être sur la même longueur d’onde. Comme le Père aime, ainsi aiment les enfants [les âmes consacrées]. Comme il est miséricordieux, ainsi sommes-nous appelés à être miséricordieux les uns envers les autres ».

Ce commandement de Jésus n’exige pas que nous devenions obligatoirement amis avec nos ennemis. Aimer, c’est vouloir le bien de l’autre et le bien de l’ennemi, c’est peut-être sa conversion. Mais il y a une parole qui, si elle est difficile, est une belle expression de l’amour de l’ennemi : elle consiste à dire et à penser vraiment : « mon frère, ma sœurs, je crois que tu es meilleur que ce que tu m’as fait ». Cette parole est une parole d’amour authentique, elle est l’expression d’un pardon, car elle ouvre à l’autre un avenir. Aimer ses ennemis, c’est croire qu’un avenir de paix est possible.

Dans la même perspective de la difficile acceptation de l’Evangile se situe cette autre parole de Jésus qui clôt l’évangile du jour et qui marque le thème même de l’année de la Miséricorde : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait », en d’autres termes : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Lc 6, 36). Ce serait impossible d’y parvenir si nous mettons dans le mot « parfait » toutes les qualités du monde. Mais la perfection de Dieu est tout simplement la perfection de l’amour. Dire que Dieu est parfait, c’est dire que Dieu aime infiniment. Or c’est cet amour de Dieu qui nous habite, qui habite chacun de ses enfants. Ainsi, chacun peut aimer en vérité d’un amour divin puisque l’amour de Dieu habite le cœur de toute personne humaine. C’est dans ce sens qu’il nous faut comprendre le commandement de Jésus. Il s’agit d’entrer dans cette perfection divine de l’amour vrai, certes avec nos insuffisances et nos faiblesses, mais avec toute notre bonne volonté. Ainsi nous serons en vérité, comme dit l’évangile, les fils de notre Père qui est dans les cieux. Où trouvons-nous le visage du Christ ? C’est dans notre prochain, celui qui est le plus près de nous. C’est dans celui que nous considérons comme notre ennemi ou qui nous prend comme tel. Très souvent, nous devenons nous aussi les ennemis des autres dans la mesure où nous ne voulons pas leur bien. C’est très facile d’émettre des commentaires désobligeants parfois en voyant des images de guerre ou en critiquant des conflits, des querelles et des haines au sein de nos familles de sang ou autres. Mais, qu’en est-il dans nos communautés religieuses respectives, de ceux et celles avec qui nous vivons tous les jours ? C’est très facile d’aimer quelqu’un qui nous aime. Mais le Seigneur nous invite à aller au-delà, parce que « Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous » (Mt 5,46). Jésus nous appelle à aimer nos ennemis, à aimer ceux dont nous savons, pertinemment, qu’ils ne nous rendront jamais l’affection, ni le sourire, ni un service. Cela est simplement dû au fait qu’ils nous ignorent. Le religieux, la religieuse, l’âme consacrée, le chrétien tout simplement, ne devrait pas aimer de manière “intéressée”, il ne doit pas juste donner un morceau de pain ou l’aumône à celui qui lui demande. Ilse donne lui-même. Le Seigneur mourant sur la croix pardonne à ceux qui le crucifient, sans reproche, sans plainte, sans un mauvais geste. Il nous faut aimer sans attendre rien en retour. Au moment d’aimer nous devons ranger nos calculettes. La perfection, c’est d’aimer sans mesure. Nous avons la perfection entre nos mains au milieu du monde dans lequel nous vivons, au milieu de nos occupations quotidiennes.

En cette clôture diocésaine de l’année de la vie consacrée, faisons notre examen de conscience : âme consacrée, est-ce que je prie pour mes ennemis ? Est-ce que je prie pour ceux qui ne me veulent pas du bien ? Si la réponse est positive, alors continuons en priant davantage. Si la réponse est négative, c’est que nous aussi nous sommes l’ennemi d’autres personnes. C’est dans l’eucharistie que nous célébrons que nous puisons la grâce et la force de vivre l’impossible, à l’image de Jésus. J’implore l’intercession de tous vos fondateurs et fondatrices.Je demande l’intercession de la Vierge Marie, afin que l’appel à vous donner entièrement au Seigneur et à vos frères et sœurs soit toujours mieux entendu pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Le Seigneur soit avec vous.

Mgr Aristide GONSALLO

Semaine Sainte 2016 : Programme de Mgr Aristide GONSALLO

Mercredi Saint
- 09H30 : Presbyterium à Ouando
- 17H30 : Messe Chrismale à la Cathédrale

Jeudi Saint
- 18H00 : Sainte Cène chez les enfants de la rue au Centre Magone Tokpota

Vendredi Saint (Annonciation : Fête transférée au 4 Avril)
- 15H00 : Chemin de Croix et Passion à Gbodjè.

Samedi Saint : Veillée pascale
- 22H00 : Messe à la Cathédrale

Dimanche de Pâques (Solennité)

Lundi de Pâques
- "Fête de la Galilée" à Agonmè (Paroisse d’Azowlissè)

Homélie de Mgr GONSALLO : Voeux 2016 SARC

Frères et sœurs en Christ,

Dans la liturgie catholique, le 25 mars est traditionnellement consacré à l’Annonciation de Marie. Or, cette année, le 25 mars tombait le Vendredi Saint qui relève du Triduum Pascal. Or le Triduum Pascal fait partie des célébrations obligatoires et prioritaires dans l’Eglise du fait qu’elles sont liées au Seigneur lui-même. C’est pourquoi la solennité de l’Annonciation a été reportée à une date ultérieure, non pas dans l’octave de Pâques qui relève aussi des célébrations de préséance, mais le lundi de la deuxième semaine de Pâques. Après le Fils, nous célébrons la mère dans une communion intime entre eux. L’Eglise aurait pu se passer de cette célébration mariale mais elle y tient absolument parce que nous fêtons à l’Annonciation le commencement de notre salut. Et je voudrais ici saluer la mémoire de Monseigneur Vincent Mensah qui a eu la profonde sagesse et la belle intuition de recevoir en cette fête de l’Annonciation les vœux des profès temporaires de l’Institut des Servantes de l’Amour Rédempteur du Christ (SARC).Oui, nous célébrons le commencement de l’histoire du salut car aujourd’hui le Verbe prend chair dans le sein de la Vierge. Aujourd’hui l’amour rédempteur de Dieu prend chair en Marie. Aujourd’hui, trois de nos filles, Jacqueline, Rolande et Judith, vont dire oui au Seigneur dans un engagement libre et spontané à la suite de Marie.

En cette année du Jubilé de la Miséricorde divine, les trois filles que nous entourons aujourd’hui veulent répondre aux mystérieuses et mystiques avances du Seigneur, par le oui propre à faire d’elles des épouses du Christ. Il convient que nous leur adressions les salutations coutumières aux nouvelles mariées, en n’oubliant pas de les féliciter pour le choixdu plus bel Epoux du monde, Christ, Seigneur de gloire et de tendresse. Nous les appelons les élues du jour tout simplement parce qu’elles sont choisies du Seigneur, en tant que fraîches épouses, pour nous véhiculer la grâce de ce jour. Et une des grâces en question, c’est qu’elles nous convient à cette Eucharistie pour notre communion avec Dieu, et nous font entendre les lectures de la solennité de l’Annonciation qu’elles ont maintenues bien évidemment.

Certains se demandent pourquoi émettre des vœux temporaires ? La réponse est toute simple. Puisque que l’engagement de la novice dans la vie consacrée implique un choix de vie radicale et une alliance définitive, la novice a droit à une période d’essai. Et comment entrer dans l’économie de cet engagement temporaire si nous ne recourons pas à la Parole de Dieu ? Le oui que nos filles vont prononcer s’inspire des lectures de ce jour et y prend appui. En effet, dans l’histoire de notre salut, c’est Dieu qui prend l’initiative de créer des liens durables avec les hommes. Mais la réponse de l’homme n’allait pas loin comme le révèle la première lecture (Isaïe). Dieu cherche à créer des liens avec le roi Acaz. Mais le roi se rebiffe.C’est alors que le Seigneur lui annonce que la jeune femme enfantera un fils. Dans la deuxième lecture tirée de la lettre aux Hébreux, cette relation que Dieu tente de nouer avec l’homme prend une couleur déterminante en Jésus, le fils promis et annoncé. Jésus donne une réponse très claire et manifestement évidente qui reprend et actualise le psalmiste : « Me voici, je viens, pour faire ta volonté. »Dans la même perspective, l’évangile dévoile à nos yeux la jeune femme annoncée par le prophète. C’est Marie qui, elle aussi, répond à l’initiative de Dieu et au nom de toute l’humanité « Me voici, je suis la servante du Seigneur, que tout se passe pour moi selon ta parole. » Dans les temps anciens, une proposition de mariage passe par des médiateurs et des messagers.Si, autour de nous aujourd’hui, les données ont changé parce que les jeunes s’arrangent entre eux, il faut reconnaître que c’est encore des messagers qui accomplissent cette mission sous d’autres cieux. C’est ce que nous livre l’évangile. Dieu se sert de son propre messager pour faire sa proposition d’amour. Voilà la délicatesse infinie de Dieu. En effet, en agissant ainsi, Dieu laisse à sa créature toute la liberté de répondre comme elle le veut sans lui imposer les conditions de réponse.

C’est cette même délicatesse de Dieu qui transparaît dans l’attitude de l’ange Gabriel au moment de faire à Marie la proposition d’amour de Dieu : « Je te salue... tu es pleine de grâce... Le Seigneur est avec toi... Ne crains pas... ». L’ange Gabriel va jusqu’à donner à Marie un exemple en lui annonçant l’amour de Dieu manifesté à Élisabeth : « Vois ta cousine... elle a conçu un fils dans sa vieillesse. » Et quand Marie manifeste expressément son acceptation, l’ange s’en va car sa mission est achevée. La proposition a été acceptée. Les amants peuvent se rencontrer. L’union entre Dieu et l’humanité peut avoir lieu et elle sera féconde puisqu’elle permettra la naissance de l’Emmanuel, Dieu avec nous.

Prenons conscience que nous sommes témoins d’un changement fondamental. Avant le consentement de Marie et le oui de son Fils à cette proposition d’amour, les hommescomprenaient leur relation à Dieu en termes de domination. Pour eux, Dieu est un maître puissant et dangereux qu’il fallait apaiser par toute sorte de sacrifices. En témoignent les multiples sacrifices aux carrefours de nos routes aujourd’hui. Mais en Jésus, tout change. Non seulement, Jésus donne une réponse d’amour à son Père, mais aussi il vient pour nous transmettre et confirmer une déclaration d’amour au nom de notre Dieu.

Chères filles, Jacqueline, Rolande et Judith, la déclaration d’amour de Dieu est venue vous rejoindre dans nos vies respectives. Je ne sais pas si au cours de votre noviciat ou depuis votre naissance, vous avez eu l’apparition d’un ange qui vous a parlé. De toute façon, je l’aurais découvert en parcourant vos dossiers et je me serais fortement inquiété avant de vous admettre aux vœux temporaires. Mais, votre présence ici aujourd’hui devant nous témoigne que vous et chacun de nous,nous avons, nous aussi, des annonciations.Déjà au jour de votre baptême, Dieu vous a appelées par votre nom. Mais un jour, vous avez entendu Dieu qui vous invitait à l’aimer et à le servir dans la vie religieuse. Sachez-le ce n’est pas vous qui vous consacrez mais c’est Dieu qui prend l’initiative de vous mettre à part. Aujourd’hui, lors de votre profession temporaire, vous allez répondre« Me voici », comme Marie et à la suite de Marie. Ce qui est clair, c’est qu’un baptisé qui répond à l’appel divin d’anticiper ici-bas la vie du Royaume, est du fait même, témoin et prophète de la proximité de Dieu. Il n’est pas nécessaire pour vous et moi de lire longtemps vos constitutions et normes, (dans le chapitre sur la Vierge Marie), pour comprendre ce désir profond qui vous anime vous et toutes les sœurs de l’Institut des SARC. Chaque jour, nous avons des annonciations dans la Parole de Dieu que nous entendons et que nous méditons. Nous avons des signes par milliers, des traces de la gloire du Seigneur dans les événements que nous vivons quotidiennement.Encore faut-il ouvrir les yeux et les oreilles pour entendre le Seigneur passer. Votre seule richesse, c’est le désir de faire la volonté de Dieu et de vous perfectionner dans la charité. Si un certain avoir est utile, sachez que c’est l’être qui prime. La chasteté consiste à établir une juste relation avec vos frères et sœurs dans le Christ. La continence, témoigne que l’amour du Seigneur suffit à remplir votre vie. L’obéissance consiste à vous mettre à l’écoute du projet de Dieu comme Marie vous en donne l’exemple dans l’Evangile du Jour. A ce sujet, je voudrais vous demander de bien vouloir maîtriser les moyens de communication pour ne pas être dispersées au point de manquer le rendez-vous de Dieu et la réponse à lui donner en temps opportun. Je demande pour vous la grâce d’être épargnées de la dispersion provoquées par ces moyens de communication et de savoir répondre spontanément et au bon moment comme le Fils bien-aimé et sa Mère Marie :« Me voici, pour faire ta volonté ».

Votre institut est jeune et comprend une quarantaine de religieuses. Comme moi, vous vous surprenez de temps en temps à rêver d’une grande congrégation où il y a une multitude de nouvelles postulantes et novices, une grande congrégation où il y beaucoup de religieuses compétentes pour accomplir toutes les tâches qui s’imposent, une congrégation où tout fonctionne à merveille. Vous vous posez tant de questions sur l’avenir : comment allons-nous vivre notre engagement pour deux, trois ans, une vie entière dans la chasteté, la pauvreté et l’obéissance ? Et pourtant, il y a une autre réalité qui s’impose à nous aujourd’hui.

En cette fête de l’Annonciation et de l’émission de vos vœux temporaires, l’ange Gabriel vous salue de la même manière qu’il l’a fait avec Marie : « Soyez sans crainte… le Seigneur est avec vous… vous êtes comblées de grâce… ».Avec l’Église, vous donnerez naissance au Fils de Dieu dans notre monde.« Comment cela va-t-il se faire ? … Soyez sans crainte… L’Esprit Saint viendra sur vous et vous couvrira de son ombre. » Dans un instant, devant une si grande proposition d’amour, vous direz avec Marie : « Me voici ! Je suis la servante du Seigneur. »

Chers parent de nos futures religieuses, vous vous souvenez certainement de ce jour où timidement ou courageusement votre fille vous a exprimé son désir ou sa décision de se consacrer au Seigneur. Je voudrais bien connaître les sentiments qui sont les vôtres aujourd’hui en la voyant toute parée pour le don total d’elle-même au service de Dieu et des hommes. Que Dieu lui-même vous bénisse, chers parents, de cette bénédiction dont il a béni le patriarche Abraham : A travers votre fille devant nous, vous serez vous aussi père et mère de cette multitude que la miséricorde de Dieu atteindra par le service auquel votre fille a consacré sa vie. Et vous tous qui, d’une façon ou d’une autre avez guidé, éduqué, soutenu et réconforté ces jeunes religieuses, soyez comblés de joie et de paix par celui qui a promis de récompenser ceux qui donnent un verre d’eau au plus petits des siens.

Et vous tous frères et sœurs en Christ, il y a plusieurs façons de répondre à l’amour. Les trois filles qui vont faire profession ici aujourd’hui, posent devant nos yeux une façon de répondre à l’amour de Dieu. Mais comme c’est Dieu qui le premier nous aima, elles ont pris le temps d’abord de se laisser aimer par Dieu, et de se sentir aimées de lui. C’est de là que tout part. Elles ont compris alors que cet amour dont elles ont bénéficié jusqu’à présent, il est nécessaire qu’elles le rendent pour le Seigneur en amour. Et c’est de là qu’est venu dans leur cœur ce désir de se donner au Christ, en se consacrant à son service au sein de Mère Eglise. Je confie à vos prières nos filles, nos sœurs, nos amies Jacqueline, Judith et Rolande. Je les confie à votre admiration, à votre appréciation. Je les confie à vos soins. Rendez leur la justice qui vient du fait que vous-mêmes vous êtes pris en charge par le Dieu des Miséricordes. Alors faites vous miséricordieux pour nos trois filles.Soutenez-les dans leur cheminement pour qu’elles demeurent toujours polarisées par cet amour miséricordieux qui le premier les aima et les a interpellées à répondre de cette belle manière aujourd’hui. Et que l’amour du Seigneur soit sur nous tous, maintenant et à jamais. Amen !

Mgr Aristide GONSALLO

Homélie de Mgr GONSALLO : Voeux "Présence et vie"

Frères et sœurs en Christ,

Permettez-moi avant tout propos de vous souhaiter un bon temps pascal et une sainte fête de la Miséricorde divine. Cette fête de la Miséricorde Divine a été instituée par Saint Jean-Paul II rappelé à Dieu le 2 avril 2005, voici exactement onze ans jour pour jour. Quelle heureuse coïncidence de cette date avec l’événement de ce jour. Bonne fête de la Miséricorde divine à vous tous. En effet, dans l’Eglise, les solennités commencent la veille au soir et le temps présent est indiqué avec cette célébration solennelle pour entrer de plain-pied dans la solennité de la Miséricorde divine qui revêt un caractère particulier en cette année du Jubilé de la Miséricorde. Quelle grâce de vivre une profession de vœux temporaires en pleine année du Jubilé de la Miséricorde. Béni soit le Seigneur, le Père des Miséricordes qui appelle sans cesse ses fils et ses filles à la vigne. L’Eglise se réjouit car Dieu lui fait miséricorde et grâce en accueillant toujours de nouveaux enfants dans la foi, des enfants qui par la suite prennent l’engagement de donner leur vie toute entière à Dieu en choisissant un état de vie qui les conduit à la sainteté. C’est le sens profond de l’eucharistie qui nous rassemble aujourd’hui. C’est au cœur de cette eucharistie de l’octave de Pâques que notre fille, notre sœur, notre amie Pricette fait son engagement temporaire. Dieu soit béni. Que la lumière de Pâques inonde et irradie l’événement de ce jour.

Certains se demandent pourquoi émettre des vœux temporaires ? La réponse est toute simple. Puisque que l’engagement de la novice dans la vie consacrée implique un choix de vie radicale et une alliance définitive, la novice a droit à une période d’essai. Et comment entrer dans l’économie de cet engagement temporaire si nous ne recourons pas à la parole de Dieu ? Et la particularité de l’événement de ce jour, que je dois à la sagesse des responsables de l’Institut séculier Présence et Vie, c’est d’avoir tout simplement gardé les textes du jour pour les offrir à notre réflexion et à notre méditation. Je loue cette délicatesse qui consiste à ne pas bousculer l’ordre des choses et à se laisser tout simplement interpeller par les textes du jour comme le psalmiste qui déclare : « J’écoute ! que dira le Seigneur ? »Les sœurs de l’Institut nous proposent d’approfondir ces textes merveilleux pour elles comme pour nous qui sommes témoins de l’engagement que sœur Pricette va prendre.La question est donc la suivante : qu’est-ce que le Seigneur veut bien nous signifier à travers la liturgie de la Parole de ce jour ? Il s’agit pour nous de relire l’événement d’aujourd’hui à la lumière des textes qui nous sont proposés depuis toujours dans l’octave de Pâques par la sagesse de l’Eglise.

Dans la première lecture (Ac 4, 13-21), nous voyons comment la Bonne Nouvelle de la résurrection s’est répandue en temps de persécution. On ne peut réduire un si grand mystère au silence car c’est la source même du salut de l’humanité entière. C’est la mission de chaque baptisé, mais c’est la mission particulière de Pricette que nous accompagnons de notre prière aujourd’hui. Il est dit des apôtres que l’on reconnaissait en eux des compagnons de Jésus. C’est à ce beau témoignage que le Seigneur convie aujourd’hui sœur Pricette. Quelle belle mission de témoigner que nous sommes des compagnons de Jésus au regard des actions bienfaisantes que nous accomplissons ! Dans la Règle de vie de l’Institut séculier « Présence et Vie », il est écrit : « notre mission est de communiquer la vie par notre présence, une présence d’amour, une présence qui aime » (RV §9). C’est à ce prix qu’on ne pourra rien trouver à dire ou à redire contre celle qui s’engage aujourd’hui comme ce fut le cas jadis pour les apôtres Pierre et Jean au moment où on voulait s’en prendre à eux à cause du miracle qu’ils avaient accompli au nom de Jésus.

Par ailleurs, comme autrefois pour les apôtres Pierre et Jean, ceux et celles qui s’engagent à la suite du Christ, connaissent les menaces de tout genre. Mon fils, prépare-toi à l’épreuve, nous dit l’Ecriture. Les apôtres ont été menacés pour les contraindre à ne plus prononcer le nom de Jésus devant personne. Et pourtant, ils ont été jusqu’au bout tout simplement en obéissant à Dieu. Aussi interrogent-ils leurs persécuteurs en ces termes : « est-il juste devant Dieu de vous écouter(obéir) plutôt que d’écouter (obéir) Dieu ? ». Sœur Pricette, je ne te fais pas peur en te disant que tu seras confrontée à la rude épreuve de l’obéissance à Dieu. Je préfère t’informer dès à présent au point que quand cela arrivera, tu ne sois guère troublée. N’aie pas peur de te compromettre pour l’Evangile au nom de l’obéissance. Tu vas vivre ta consécration à Dieu dans l’obéissance. Le regard de Dieu s’est posésur toi et Dieu lui-même murmure à l’oreille de ton cœur : « viens, ma fille suis-moi, choisis la meilleure part ». C’est pourquoi, je te recommande vivement d’écouter la voix du Seigneur et de lui obéir à travers l’écoute attentivede tes responsables. Sache que celui qui obéit dans le Seigneur ne se trompe jamais. Désormais, dans l’obéissance à Dieu, tu auras comme les apôtres à dire ce que tu as vu et entendu. Et j’ai envie de te demander : « dis-nous, sœur Pricette, qu’as-tu vu en chemin ? Qu’as-tu entendu ? » Et bien la réponse est là toute simple dans l’Evangile du jour (Mc 16, 9-15). Car tu me répondrascertainement comme Marie-Madeleine dans la séquence de Pâques : « J’ai vu le sépulcre du Christ vivant, du Christ ressuscité ». Oui, tu as vu le Christ ressuscité. Tu t’appelles Pricette et je voudrais bien à lalumière de l’Evangile du jour et de ta réponse ajouter Marie-Madeleine à la liste de tes noms. « Pourquoi ? » me demandera l’assemblée. Tout simplement parce que la mission confiée à Marie-Madeleine est celle qui est confiée aujourd’hui même à sœur Pricette. En effet, « Marie-Madeleine va annoncer la nouvelle [de la résurrection] à ceux qui, ayant vécu avec lui [Jésus] s’affligeaient et pleuraient ». Sœur Pricette, tu as la mission d’annoncer la Bonne Nouvelle à ceux qui pleurent et s’affligent. Je m’inspire de ce fait de votre règle de vie qui stipule que les sœurs de Présence et Vie choisissent d’être témoins et signes d’une vie heureuse pour le service de leurs frères et de leurs sœurs, spécialement les plus démunis (cf. RV §§63 et 66). Et votre fondatrice Marcelle Veyrac ne dit pas autre chose quand elle écrit : « L’Evangile a la puissance de faire de nous des saintes, des apôtres, des disciples que le monde d’aujourd’hui attend ». Et cet appel à la sainteté retentit de façon particulière en cette année du Jubilé de la miséricorde. C’est en effet dans la mise en pratique des œuvres de miséricorde que,tes sœurs et toi, vous annoncerez l’évangile dans tous les lieux de vie : travail, atelier, famille, rue, quartier, ces lieux qui, selon votre fondatrice Marcelle Veyrac, doivent devenir un sanctuaire de sainteté pour la joie de Dieu et notre bonheur. C’est à ce prix que tu mettras en pratique l’appel du Seigneur dans la finale de l’Evangile de ce jour : « Allez… proclamez l’Evangile ». Sœur Pricette, abandonne tes insatisfactions et de tes soucis personnels pour rejoindre les autres les affligés et les éplorés en leur annonçant le ressuscité, Celui qui est la joie de ta vie et la source du bonheur tel que le Père le propose à toute personne en quête de sa Présence. Le dialogue que nous aurons dans un instant montre que Dieu nous offre le prix de l’amour et de la vérité. « Que demandes-tu à Dieu et à son Eglise ? - La miséricorde de Dieu et la grâce de le servir l’institut Présence et Vie. » En demandant la miséricorde, tu as conscience de l’absolue priorité de l’amour de Dieu. Le Père et le Fils ne cessent de s’aimer d’un amour fécond en la personne de l’Esprit Saint. Les personnes trinitairest’invitent dans leur dialogue en t’offrant le pardon de tes péchés. En t’unissant à Jésus et en embrassant sa croix que tu vas recevoir dans quelques instants, tu acceptes d’être associée à son offrande qui fait jaillir la miséricorde sur le monde. Sois courageuse, avance, car même s’il y a des risques à suivre Jésus-Christ, il n’y a jamais de déception.

Ma prière et ma bénédiction t’accompagnent.

Mgr Aristide GONSALLO

Programme d’activité du mois d’avril 2016
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Homélie de Mgr Gonsallo le 15 août 2016

Le 15 août, comme de tradition, le diocèse de Porto-Novo a célébré à la cathédrale sa fête diocésaine, célébration au cours de la quelle Mgr Aristide Gonsallo a ordonné 13 diacres et 07 prêtres. Voici l’homélie qu’il a prononcée.

Frères et sœurs en Christ,

Nous voici rassemblés pour faire mémoire ensemble des grandes œuvres du Seigneur accomplies dans la vie de Marie, Mère du Christ et Mère de l’Eglise. L’Assomption de Marie que nous célébrons est une fête très ancienne et c’est pour nous la grande fête mariale de l’année liturgique. Le 15 août marque la date anniversaire de ce jour du cinquième siècle où, à Jérusalem, une église a été dédiée pour la première fois à la Mère de Dieu. Ce culte à Marie était la conséquence directe du Concile d’Ephèse, cette auguste assemblée ecclésiale qui a eu lieu en 431 et qui a proclamé Marie comme « Mère de Dieu », témoignant ainsi que Marie est associée de très près au mystère de son Fils. Au début du VIe siècle, certaines Eglises célébraient ce qu’elles appelaient la Dormition de Marie. Ces Eglises considéraient que le corps de celle qui avait porté Jésus ne pouvait connaître ni la mort ni la corruption. Si nos frères orthodoxes célèbrent toujours la Dormition de Marie, chez nous en Occident, cette fête est devenue l’Assomption de Marie. Ainsi, s’est progressivement mise en place la conviction que Marie avait été introduite, comme par avance, dans la résurrection de Jésus. Et ce n’est qu’en 1950 que le pape Pie XII a proclamé le dogme de l’Assomption en affirmant : Marie, l’Immaculée Mère de Dieu, toujours Vierge, à la fin du cours de sa vie terrestre, a été élevée en âme et en corps à la gloire céleste.

A travers ce rappel historique et à la lumière des trois lectures du jour, nous pouvons relier cette fête de Marie à la Pâque du Christ. L’Assomption est l’œuvre du mystère pascal. Ainsi, ces lectures que nous avons entendues raniment notre foi et renouvellent notre espérance en nous faisant contempler Marie au terme de son pèlerinage terrestre. Ces lectures nous rappellent que l’Assomption, c’est la contemplation de l’œuvre de Dieu en Marie.

Dans la première lecture tirée du livre de l’Apocalypse, nous avons un genre littéraire qui ne nous est pas familier et qui peut nous effrayer. Mais, essayons de dépasser les apparences. Deux signes apparaissent dans le ciel : Le Temple avec l’arche d’Alliance et une femme couronnée de douze étoiles. Qui est cette femme ? Différentes interprétations sont possibles. J’en retiens celle qui illustre cette fête de l’Assomption. Nous pouvons oser voir en cette femme une figure de la Vierge Marie, mère du Sauveur. Le dragon représenterait les forces du mal. Sur le bois de la croix, ces forces n’ont pas réussi à éliminer définitivement le Christ. Dieu a exalté le Christ et l’a enlevé auprès de lui.

Dans la deuxième lecture, Saint Paul montre qu’en confessant sa foi et son espérance en la résurrection, l’Eglise peut célébrer en Marie sa propre participation à la victoire pascale de Jésus, le premier ressuscité. La fête de l’Assomption nous révèle ainsi que, premier ressuscité d’entre les morts, le Christ associe Marie à la gloire de la résurrection et fait d’elle l’image et l’annonce de ce que le peuple de Dieu est appelé à devenir.

En proclamant l’Evangile de la Visitation, l’Eglise, aujourd’hui, se met en route à ton tour pour porter le Sauveur au monde entier. L’Eglise peut entrevoir en Marie l’achèvement du monde nouveau chanté dans le Magnificat de Marie. Dans cet évangile, nous remarquons que l’histoire de Marie est un itinéraire dans la foi, une remise totale à Dieu, une disponibilité à l’Esprit : L’Esprit Saint viendra sur toi, lui avait dit l’ange à l’Annonciation. La vie de Marie est une vie de foi. C’est ce que Elisabeth, sa cousine, nous fait comprendre dans l’évangile : Heureuse, celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. Notons-le bien en cette fête de l’Assomption : Marie n’est pas inabordable. Elle est plutôt imitable. Elle a réussi son voyage sur cette terre en assumant dans la foi son quotidien de mère. Cette foi éclate dans le Magnificat proclamant ainsi que la miséricorde de Dieu passe à l’acte. Ce chant nous dit l’étonnante proximité de Dieu, sa présence dans la vie et les combats quotidiens des hommes. Le Seigneur fait merveille pour qui se confie à lui. Depuis que Marie est entrée dans la gloire céleste, elle n’a cessé de s’intéresser individuellement à chacun de ses enfants de la terre pour l’aider à poursuivre sa route en surmontant tous les obstacles. Elle ne manque pas d’obtenir pour chacun des faveurs et des joies, mais surtout elle s’emploie à nous faire accéder au bonheur le plus profond et le plus durable qu’est l’union intime avec le Christ.

C’est à cette union intime avec lui, à ce bonheur, à cette joie de servir comme Marie que le Seigneur appelle aujourd’hui nos frères et nos fils. Certes, aujourd’hui nous célébrons la merveille sublime que le Seigneur a faite en Marie mais nous célébrons aussi d’autres grandes œuvres du Seigneur accomplies par le Seigneur dans la vie de nos frères, les treize futurs diacres et les sept futurs prêtres présents devant nous habillés dans toute leur splendeur et leur beauté.

Comme Marie, ils ont été appelés à accomplir leur vocation dans l’Eglise. La vocation de tout chrétien et encore plus celle du candidat au sacerdoce ministériel est une histoire sacrée, unique et personnelle. C’est l’histoire d’un dialogue, d’un appel et d’une réponse. C’est une histoire d’amour qui commence dans l’intimité du cœur. C’est dans ce dialogue avec le Seigneur que nous touchons du doigt notre réelle identité. C’est dans ce dialogue dont Marie a fait l’expérience que nous reconnaissons notre indignité, nos faiblesses et nos limites pour accepter de nous laisser regarder par le Seigneur qui nous ouvre les yeux et nous guide. Cette vocation n’est jamais acquise une fois pour toutes après le baptême ou encore après l’ordination diaconale et sacerdotale. Chaque jour, nous avons à nous remettre en route comme Marie et rester vigilants. Nos fils seront diacres et prêtres dans une époque, pour un peuple donné avec une histoire particulière, une culture et un héritage particulier. Mais la culture et le milieu dans lesquels ils baignent peuvent éteindre l’ardeur de leur cœur, parfois même sans qu’ils n’en prennent conscience. Aussi voudrais-je maintenant m’adresser à mes chers fils que j’ordonne aujourd’hui diacres et prêtres.

Chers fils Alexandre, Macaire, Delphin, Georges, Ghislain, Hippolyte, Janvier, Louis, Luc, Mathias, Thomas d’Aquin, Vincent et Hippolyte, vous qui allez être ordonnés diacres, Et vous, chers fils, Apollinaire, Elvice, Jérôme, Sébastien, Simplice, Valentin, Evariste, vous qui allez être ordonnés prêtres, L’émotion est grande et immense pour moi car vous êtes pour les uns les premiers diacres que j’ordonne mais dans notre diocèse et pour les autres les tout premiers prêtres de mon épiscopat sur le siège de Porto-Novo. C’est avec beaucoup de délicatesse et d’affection que je vous appelle « mes fils aînés dans le Sacerdoce ». C’est un honneur pour vous et pour moi mais dans l’humilité recommandée par le Seigneur, reconnaissons que l’honneur est une charge. Aussi voudrais-je vous parler comme un père assumant sa charge envers ses fils bien-aimés.

Chers fils, futurs diacres, comme l’indique l’étymologie de votre ministère diaconal et un rapide parcours biblique et historique, vous serez serviteurs, ministres de la Parole de Dieu, de l’autel et des pauvres.

Vous aurez à proclamer la Parole de Dieu non seulement au cours des célébrations liturgiques mais aussi et surtout par toute votre vie, car le Seigneur fera de vous des serviteurs de sa Parole et des témoins de sa vie. Mais il fera de vous également les serviteurs de l’autel dans votre mission de rappeler au peuple de Dieu que la liturgie est le premier service que nous avons à rendre à Dieu. Servir au sens propre consiste à rendre à Dieu le culte qui lui revient. Le service de la Parole et de l’autel s’actualise et prend effet dans le service du pauvre. Le vrai serviteur témoigne d’un amour de prédilection pour le pauvre. Le diacre est ordonné au service de la charité et Marie visitant sa cousine Élisabeth nous en donne le meilleur exemple. Jésus dira : « Ce que vous avez fait aux plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait », (Matthieu 25, 40). Saint Augustin ne déclare pas autre chose quand il affirme : « Tu vois la Trinité quand tu vois la charité ».

Soyez donc des témoins de la charité du Christ en allant vers ceux qui se trouvent aux périphéries de l’existence en les ramenant vers le centre. Bien évidemment, c’est en communion avec votre évêque, à qui il revient en premier de présider à la charité dans l’Eglise. Je me rends de plus en plus compte que le diaconat transitoire semble se limiter majoritairement au service de l’autel puisque vous allez retourner au séminaire achever votre formation. Mais le service de l’autel doit avoir des implications concrètes dans la vie de tous les jours. A ce titre, je vous exhorte à porter une attention particulière aux malades à travers des visites pastorales et la communion à domicile. Toutes les fois où vous en aurez l’opportunité, dans le respect des règles et des normes de la pastorale, allez frapper aux portes des institutions de santé (hôpitaux, dispensaires, centres de santé, mais pas les maternités - parce que la maternité n’est pas une maladie-), allez donc frapper aux portes indiquées pour apporter aux uns et aux autres le réconfort, la consolation et l’amour du Christ aux malades, au personnel soignant avec le soutien de la prière. Soyez une oreille attentive et non une bouche qui parle sans arrêt. Le malade a plus besoin de présence que de paroles.

En ce jour solennel de votre serment irrévocable, permettez-moi maintenant de vous rappeler à vous tous, futurs diacres et futurs prêtres, la prérogative de la prière par rapport à l’action. En effet, comme le disait le pape François à l’Angélus du 17 juillet dernier, « Aujourd’hui, nous sommes tellement pris, avec frénésie, par tant de problèmes, - dont certains ne sont pas importants – que nous n’avons plus la capacité d’écoute ». Et le même pape François écrivait par ailleurs dans sa préface au livre à paraître bientôt sur son prédécesseur Benoît XVI : « Le premier et le plus important service n’est pas de « gérer les affaires courantes », mais de prier pour les autres, sans interruption, corps et âme ». Oui, la prière et l’écoute consolident la respiration de l’âme. Le prêtre ou le diacre qui ne respire pas bien s’asphyxie et meurt spirituellement. La prière est un combat d’abord contre soi-même comme nous le rappelle l’auteur de L’Imitation de Jésus-Christ : « L’ennemi le plus terrible et le plus dangereux pour votre âme, c’est vous, lorsque vous êtes divisés en vous-mêmes ».C’est à votre propre témoignage de vie de prière qu’on vous reconnaîtra. Si le prêtre ou le diacre banalise ou bâcle la prière au profit des affaires de ce monde, la vraie joie s’étiole en eux. Ils deviennent excentriques et leurs pouvoirs spirituels manquent de rayonnement. Ils s’ennuieront et ennuieront dangereusement les âmes qui leur sont confiées.

Le prêtre ou le diacre qui ne prie pas se laisse ballotter au gré de tous les vents contraires à la morale naturelle et à la sainteté de vie. Le risque est grand de jouer à l’intellectuel et de finir par s’habiller comme tout le monde pour se fondre dans la masse en rejetant la soutane par exemple pour devenir ainsi la proie de l’Esprit du mal. La seule chose que vous pourrez emporter sur une île déserte, c’est la prière. La télévision et le frigidaire en chambre, l’ordinateur portable, le téléphone portable, le cyber, l’internet peuvent être de précieux instruments de travail et de culture. Mais ne les laissez pas envahir votre vie sinon vous êtes perdus. C’est la prière quotidienne, celle du bréviaire, la célébration de l’eucharistie, la récitation du Chapelet et d’autres pieuses dévotions qui doivent féconder tous les jours votre ministère diaconal et sacerdotal. Les prêtres et les diacres ne sont pas des surhommes. Ils sont besoin d’attention. Ils ont besoin de prendre du temps pour eux… avec Dieu. N’ayez pas peur de prendre du temps pour la contemplation, la lecture et la fréquentation des Saintes Ecritures. Vous y trouverez le dynamisme pour votre ministère pastoral comme diacres ou comme prêtres. Comme le rappelle encore le pape François, « L’enracinement profond en Dieu […] incarne ce rapport permanent avec le Seigneur Jésus sans lequel rien n’est plus véritable, tout devient routine, les prêtres [deviennent] presque des salariés, les évêques [deviennent] des bureaucrates et l’Eglise n’est plus l’Eglise du Christ, mais un produit de notre création, une ONG en fin de compte superflue ». (Préface sur Benoît XVI). Etre prêtre, ce n’est pas avoir un statut social. C’est être intime du Christ.

Chers fils, futurs diacres et futurs prêtres, soyez comme Saint Bernard ce dévot de Marie dont nous ferons mémoire samedi et dont il est dit : « En lui, la contemplation et l’action s’accordaient à un tel point que ce saint paraissait à la fois tout adonné aux œuvres extérieures et cependant, tout absorbé dans la présence et l’amour de son Dieu ».Je voudrais maintenant de façon directe et personnelle m’adresser aux futurs prêtres.

Chers abbés Apollinaire, Elvice, Jérôme, Sébastien, Simplice, Valentin, Evariste, par imposition de mes mains, vous serez dans un instant prêtres de Jésus-Christ. Dieu soit loué. Qu’il soit béni pour tant de merveilles à votre endroit. La route parcourue a été longue. Le chemin à parcourir n’est pas moins long. Je voudrais tout simplement vous proposer quelques balises pour votre ministère de prêtre.

Je commence par m’inspirer de l’homélie du pape François à l’occasion de sa première messe chrismale. Il insistait sur la relation entre le prêtre et son peuple : Le prêtre célèbre en chargeant sur ses épaules le peuple qui lui est confié, et en portant leurs noms gravés en son cœur. Revêtir notre humble chasuble peut bien nous faire sentir, sur les épaules et dans notre cœur, le poids et le visage de notre peuple fidèle, de nos saints et de nos martyrs, […]. On reconnaît un bon prêtre à sa façon [de donner l’onction à] son peuple. […]. Quand nos fidèles reçoivent une huile de joie, on s’en rend compte, lorsqu’ils sortent de la messe, par exemple, avec le visage de ceux qui ont reçu une bonne nouvelle. Puissiez-vous répandre ainsi l’onction reçue au jour de votre ordination. Votre travail sera de soutenir l’espérance du peuple qui vous sera confié. S’il existe une petite étincelle d’espérance, votre devoir, c’est de la nourrir (cf. Mgr Oscar Romero).

Vous êtes ordonnés prêtres en l’année du Jubilé de la Miséricorde Divine. Quelle immense grâce pour vous, chers ordinands. Vous ne serez pas seulement porteurs du pardon dans le sacrement de la réconciliation mais aussi en tant qu’hommes de communion. Vous opérerez une réconciliation de l’homme avec Dieu, puis des hommes entre eux et de l’homme avec lui-même. Ce ministère prophétique, saint Jean-Marie Vianney que nous avons fêté le 4 août dernier le définit pour vous en ces termes : « le prêtre, c’est celui qui donne Dieu aux hommes et les hommes à Dieu ».

Soyez disponibles à tout moment sans risquer de devenir des « fonctionnaires » de la miséricorde avec des horaires fixes. Plus on « utilise » le prêtre, plus le prêtre retrouve son être et sa joie sacerdotale. Le prêtre ne s’use que si l’on ne s’en sert pas. Ne marchandez pas votre temps pour donner le sacrement de la réconciliation afin d’amener les hommes à Dieu. Si saint Jean-Marie Vianney confessait de longues heures, c’est qu’il avait conscience que chaque fidèle est appelé à la sainteté. Ainsi, en prenant en compte les pauvretés et les misères des hommes, vous leur permettrez une rencontre avec Jésus dans la lumière et la vérité en leur offrant le sacrement de la miséricorde qui est à proprement parler une régénération et une nouvelle naissance.

Chers fils Apollinaire, Elvice, Jérôme, Sébastien, Simplice, Valentin, Evariste, vous qui allez être ordonnés prêtres, je voudrais encore vous adresser ces derniers mots, à vous qui, je l’espère, découvrez le ministère presbytéral comme on mettrait à jour sous deux coups de pioche un coffret précieux comme cette perle précieuse qu’évoque la parabole de l’Evangile. Certes, pour ouvrir ce coffret précieux du sacerdoce, il vous faut une clé. Mais ne vous inquiétez pas. Je vais vous la donner. Elle est sur mon trousseau de clés. Il s’agit d’une clé en or dont Jésus lui-même s’est servi pour naître en ce monde. Cette clé qui ne demande qu’à tourner entre les doigts des hommes, des prêtres, je la dépose dans votre cœur. Cette clé est inestimable. Emparez-vous d’elle et ne la perdez jamais. Cette clé s’appelle Marie ou encore la Sainte Vierge, étoile de l’évangélisation, Notre Dame de l’Assomption, Notre Dame de l’Ecoute, Notre Dame du sacerdoce, Marie dont je vous invite à porter le nom. Vivez avec elle, parlez-lui sans cesse au lieu de vous parler à vous-même. Confiez-lui ce qui vous réjouit et ce qui vous attriste ou vous inquiète, car en bonne Mère, tout l’intéresse. Oui, donnez-lui les rênes de votre vie. Laissez-la vous conduire, vous éduquer et vous corriger s’il le faut. Plus encore, laissez-la vous auréoler de sa tendresse. C’est en Marie que je vous conseille de vivre au quotidien si vous voulez finir par ressembler à Celui qu’elle a porté et qui vous appelle aujourd’hui à le suivre dans le ministère presbytéral. Que la Vierge Marie, Mère de l’écoute et du service prévenant, vous enseigne à être accueillants. Qu’elle vous rende hospitaliers envers vos frères et sœurs comme elle-même le fut envers sa cousine Elisabeth.

Aussi voudrais-je conclure par ce beau texte de Saint Bernard à l’adresse de tous les ordinands et à l’endroit de chacun de nous ici rassemblés : Si les vents de la tentation s’élèvent, si tu rencontres les récifs des tribulations, regarde l’étoile, invoque Marie. Si tu es submergé par l’orgueil, l’ambition, le dénigrement et la jalousie, regarde l’étoile, crie vers Marie. Si la colère, l’avarice ou les fantasmes de la chair secouent le navire de ton esprit, regarde Marie. Si, accablé par l’énormité de tes crimes, confus de la laideur de ta conscience, effrayé par l’horreur du jugement, tu commences à t’enfoncer dans le gouffre de la tristesse, dans l’abîme du désespoir, pense à Marie. Que son Nom ne quitte pas tes lèvres, qu’il ne quitte pas ton cœur et pour obtenir la faveur de ses prières, n’oublie pas les exemples de sa vie.

Tout en vous demandant à tous et particulièrement aux futurs diacres et aux futurs prêtres de ne pas oublier de prier pour moi dans la fraîcheur des grâces de l’ordination, je vous bénis en Marie, Notre Dame de l’Assomption et Mère du prêtre par excellence. Le Seigneur soit avec vous.

+Mgr Aristide GONSALLO, Évêque de Porto-Novo

Homélie de Mgr à la messe de consécration de l’église de Sainte Anne

Le samedi 13 août 2016 l’église sainte Anne d’Attakè de Porto-Novo a été consacrée par son Excellence Mgr Aristide Gonsallo, évêque de Porto-Novo. Voic l’homléie qu’il a donnée.

Excellence Monseigneur Antoine GANYE, Administrateur apostolique de l’archidiocèse de Cotonou,

Excellence Monseigneur Pascal NKOUE, archevêque de Parakou,

Excellence Monseigneur Victor AGBANOU, évêque de Lokossa,

Excellence Monseigneur Paul VIEIRA, évêque de Djougou,

Excellence Monseigneur Jean-Benoît GNAMBODE, ex-administrateur apostolique de Porto-Novo,

Chers pères concélébrants,

Chers religieux et religieuses,

Chères autorités politiques, civiles et religieuses en vos rangs, grades et qualités respectifs,

Chers fidèles chrétiens et vous tous membres du peuple de Dieu,

Frères et sœurs en Christ,

Ce jour est saint pour le Seigneur notre Dieu et pour nous qui sommes ses créatures. Réjouissons-nous, exultons et crions de joie.Nous avons une raison majeure de nous réjouir en cette célébration heureuse et historique, la clôture du Jubilé d’Albâtre (75 ans) de la création de cette paroisse et sa consécration qui se déroule aujourd’hui sous nos yeux. Le Nonce Apostolique Mgr Brian Udagiwe communie à notre joie et nous adresse et ses vœux et nous envoie sa bénédiction.

A mon tour, je vous souhaite la bienvenue dans cet édifice que nous allons dans un instant consacrer entièrement au Seigneur. Cette église dédiée à sainte Anne est un lieu de mémoire et de paix, une demeure construite de la main des hommes, de générations en générations. En votre nom à tous et en mon nom personnel, je voudrais saluer et honorer la mémoire de mes prédécesseurs sur le siège épiscopal de Porto-Novo, tous les curés et leurs collaborateurs qui ont exercé leur ministère sur cette paroisse, tous les ouvriers, tous les bienfaiteurs et donateurs qui se sont succédé pour que nous ayons un si bel édifice aujourd’hui. C’est grâce à l’œuvre des premiers missionnaires que nous sommes ici aujourd’hui ! Je veux nommément citer les pères René BOTHUA, Maurice GRENOT et Michel HOUNGBEDJI. Ils ont porté en terre les semences de notre présence ici. Je voudrais remercier tous ceux et celles qui ont œuvré de jour comme de nuit à la construction de cette maison de Dieu, les vivants comme ceux qui ont déjà rejoint la maison du Père des cieux après avoir contribué à construire celle de la terre. Du haut des cieux, ceux-ci jubilent avec nous en ce moment, car l’Eglise, c’est la communion des saints.

Comme Paul dans la deuxième lecture de ce jour, insistant sur la primauté qu’il possède dans l’Eglise de Corinthe, tous les missionnaires, tous les agents pastoraux et tous les ouvriers que je viens d’énumérer ont posé les fondations de cette Eglise. Mais ils ont espéré aussi que les autres puissent construire sur les fondations qu’ils ont posées. De toute façon, la fondation sur laquelle repose l’Eglise, c’est le Christ et il ne peut y en avoir une autre.

Vous connaissez bien cette église de sainte Anne pour y être souvent entrés afin de prier mais surtout de participer à la célébration eucharistique comme en ce jour. Nous sommes tous conscients que les nombreuses messes célébrées sur cet autel, les nombreux sacrifices eucharistiques suffisent pour faire de cette demeure un lieu saint. Que signifie alors la spécificité de la célébration de ce jour ? Certes, ce lieu est déjà béni par les multiples visites du Seigneur et sa présence réelle mais nous allons le consacrer à Dieu. Je voudrais tout simplement vous inviter à nourrir vos yeux et surtout vos cœurs en voyant comment se déroule la dédicace d’une église.

En entrant dans une église, nous découvrons d’abord le tabernacle et sa lumière rouge qui indique la présence réelle de Jésus dans le très Saint Sacrement de l’eucharistie. Et il est indispensable de tourner son corps et son cœur vers Jésus réellement présent dans l’eucharistie. Dans une église, nous découvrons également la statue de Marie et des saints que nous venonsprier avec dévotion pour leur confier notre cœur et notre prière. Mais ce qui s’impose en premier à nous, c’est l’autel. Et nous voici réunis en ce jour autour de ce splendide autel que nous allons consacrer incessamment dans cette église dédiée à la mémoire de Sainte Anne.

Cet autel majestueux qui attire nos regards est le cœur même de l’église. C’est lui qui rend manifeste l’événement unique qui a changé le cours de l’histoire de l’humanité et lui a valu le salut. Il s’agit bien évidemment du don d’amour de Dieu en Jésus dans le sacrifice de la croix et l’immolation de l’Agneau. Chaque fois que nous célébrons l’eucharistie sur cet autel, et que nous y faisons mémoire de la mort et de la résurrection de Jésus, Dieu se donne, se rend visible.Réellement présent, il habite au milieu de nous. Oui, il est grand le mystère de la foi chrétienne, mystère sublime et incommensurable.

Dans une église, l’autel fait signe immédiatement et il est lui-même signe du sacrement de l’amour de Dieu pour les hommes. Selon la tradition de l’Eglise, l’autel est la mémoire vive du don d’amour de Dieu. Souvenons-nous de ce jour où Noé construisit un autel quand il sortit de l’arche après avoir été sauvé des eaux du déluge.Evoquons aussi Abraham qui a dressé un autel pour faire mémoire de la promesse de Dieu et de sa rencontre avec lui. De la même manière, dans cette église dédiée à la mémoire de sainte Anne, l’autel que nous allons consacrer devient le lieu où, à chaque célébration eucharistique, nous allons faire mémoire du don infini de l’amour de Dieu manifesté dans la mort du Christ sur la croix et sa résurrection du séjour des morts.Tout en prenant en compte les monitions qui vont rythmer les rites de ce jour, je voudrais attirer notre attention sur les quatre gestes qui marquent la liturgie de consécration de cet autel.

Tout d’abord, au début de cette célébration, nous avons aspergé et mouillé l’autel d’eau bénite, comme le Christ baptisé au Jourdain et comme le chrétien à son baptême.

Dans un instant, nous allons consacrer cet autel par l’onction du saint-Chrême consacré lors de la messe chrismale à la cathédrale le Mercredi Saint. Nous allons consacrer cet autel comme le Christ car le nom « Christ » signifie étymologiquement « celui qui est oint, celui qui a reçu l’onction ». C’est l’onction du Saint-Esprit qui fait naître à la vie et à l’amour de Dieu. C’est l’onction qui nous fait renaître à chaque eucharistie à l’épiclèse, c’est-à-dire au moment où à l’autel le célébrant invoque l’Esprit-Saint sur les offrandes du pain et du vin.

Ensuite nous allons parfumer et encenser cet autel pour qu’il répande comme le baptisé la bonne et sublime odeur du Christ, le parfum d’amour du Christ. C’est aussi le parfum de notre prière qui s’élève vers Dieu comme un encens. C’est le parfum de nos offrandes transformées par l’amour indéfectible du Christ. Puis l’autel sera couvert d’une nappe blanche et immaculée. Enfin, avec les cierges et les chandeliers requis pour la célébration de la messe, nous allons illuminer cet autel afin qu’il répande la lumière du Christ ressuscité, la lumière de l’amour plus fort que l’ombre et les ténèbres de la mort. L’illumination festive consistera aussi à allumer toutes les lampes autour de l’autel.

En réalité, à y voir de près, nous avons là les quatre moments forts du baptême : le rite de l’eau, le rite du saint-Chrême, le rite du vêtement blanc, le rite de la lumière.La dédicace de ce jour nous rappelle notre propre baptême. Si la croix constitue l’autel pour le Christ, c’est le Christ lui-même qui est pour nous baptisés, l’autel sur lequel nous offrons nos vies et nous nous offrons nous-mêmes à chaque eucharistie. Le chrétien est pour le monde, l’autel sur lequel les hommes peuvent s’appuyer comme sur un rocher. L’Eglise universelle est aujourd’hui l’autel du sacrifice, l’autel de l’amour. Souvenons-nous que c’est la tradition de l’Eglise depuis les origines de célébrer l’eucharistie sur les tombes des martyrs qui ont donné leur vie en versant leur sang pour témoigner de leur foi. Voilà pourquoi la messe sera désormais célébrée ici sur les reliques de saint Jean-Paul II. L’autel, ce n’est pas seulement une belle œuvre d’art. La consécration de l’église et de l’autel, qui aura lieu dans un instant, fera de cette demeure le lieu où notre assemblée se réunit pour écouter la Parole de Dieu, pour faire monter vers lui notre intercession et notre louange, et surtout pour célébrer les saints mystères. C’est aussi le lieu dans lequel est conservé le Très Saint Sacrement de l’Eucharistie. Ce sont les preuves concrètes de ce qu’est l’Eglise comme temple de Dieu construit à partir de pierres vivantes.

L’autel de l’Eglise, autour duquel nous nous réunissons pour participer au sacrifice du Seigneur et pour être restaurés par la nourriture céleste, est un signe du Christ lui-même, qui est à la fois le prêtre, la victime et l’autel de son propre sacrifice.En somme, l’autel, c’est le Christ.

Soyons donc attentifs aux monitions. Ecoutons le contenu des prières faites au cours de la présente célébration. Ouvrons les yeux pour voir comment l’évêque va oindre l’autel d’huile, procéder au rite de sa parure, de sa vêtue et de son illumination. Vous verrez enfin l’Evêque passer devant chacun des douze piliers marqués de la croix pour les oindre et les éclairer d’une votive. A l’issue de tout cela, toute l’assemblée s’écriera : cette Eglise est consacrée ! Et tous dans le Temple du Seigneur s’écriront : Gloire !

Mais il ne suffira pas seulement de s’écrier"gloire", il faut encore vivre ce que nous célébrons. Il est donc opportun de nous interroger nous, Eglise faite de pierres vivantes sur les implications concrètes de la célébration de ce jour dans notre vie de baptisés surtout à partir des lectures de ce jour et des différents rites qui meublent la présente célébration.

Les lectures de ce jour n’ont pas été choisies exprès, hormis la deuxième lecture qui a été prise pour la circonstance. Nous avons simplement pris les textes de ce samedi de la 19e semaine du Temps ordinaire. Et comme le psalmiste, nous disons : « J’écoute, que dira le Seigneur Dieu ? ». Ou encore comme Samuel, nous disons : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute ». En réalité, en écoutant ces lectures et en procédant aux différents rites, voici la question à laquelle nous avons à répondre : « Qui habitera ta maison,Qui séjournera dans ton Temple, dans ton église ? Seigneur ?Qui reposera sur ta montagne ? ». Ce sont les textes d’aujourd’hui qui nous aident à répondre.

Dans la première lecture, le prophète Ezéchiel pose le problème qui est loin d’être résolu à notre époque, celui des rapports entre la responsabilité individuelle et la responsabilité collective. Par trois fois, le prophète fait mention de la maison d’Israël, la maison de Dieu : « Pourquoi vouloir mourir, maison d’Israël ? ».La maison d’Israël, c’est nous aujourd’hui. A quelles conditions répondent ceux qui sont habilités à habiter la maison du Seigneur, ceux qui sont habilités à bâtir et à devenir le Temple du Seigneur ? Je voudrais simplement reprendre l’identité des habitants de la maison du Seigneur d’après Ezéchiel : L’homme qui observe le droit et la justice ; L’homme qui ne va pas aux festins sur les montagnes (idoles) ; L’homme qui ne lève pas les yeux vers les idoles immondes ; L’homme qui ne rend pas impure la femme de son prochain ; L’homme qui ne s’approche pas d’une femme en état de souillure ; L’homme qui n’exploite personne ; L’homme qui restitue ce qu’on lui a laissé en gage ; L’homme qui ne commet pas de fraude ; L’homme qui donne du pain à celui qui a faim ; L’homme qui couvre d’un vêtement celui qui est nu ; L’homme qui ne prête pas à intérêt ; L’homme qui ne pratique pas l’usure ; L’homme qui détourne sa main du mal ; L’homme qui tranche équitablement entre deux adversaires ; L’homme qui marche selon mes décrets ; L’homme qui observe mes ordonnances pour agir avec vérité.En fait l’homme idéal qui habitera la maison du Seigneur, celui qui est digne de construire la maison du Seigneur, la pierre vivante qui fera partie intégrante de l’édifice, c’est celui qui pratique les œuvres de miséricorde. Et c’est un heureux constat et en même temps une exigence pour nous de savoir que la consécration de cet autel et de cette église ont lieu au cœur même de l’année du Jubilé de la Miséricorde. Le prophète Ezéchiel conclut en nous invitant à nous faire un cœur nouveau et un esprit nouveau, un cœur d’enfant, pauvre et humble qui peut entrer dans la véritable maison qu’est le Royaume de Dieu.Le Royaume des cieux, la maison de Dieu appartient à ceux qui ont un cœur d’enfant, à ceux qui ressemblent aux enfants. Le naturel de tendresse, d’innocence, de douceur et d’humilité chez l’enfant renvoient à Jésus doux et humble de cœur.

C’est la substance même de l’Evangile. Cette scène est l’une des plus typiques de l’Evangile, avec cette présentation de la tendresse du Christ, qui nous le montre sous un jour spécialement attachant.Le fait de présenter des enfants à un « rabbi », à un Maitre, n’était pas exceptionnel. L’imposition des mains était comprise comme un geste de bénédiction. Jésus, lui, en fait aussi un enseignement. Jésus fait entrevoir le Royaume des cieux comme étant la famille des enfants de Dieu. Dans cette famille, dans cette maison de Dieu, l’enfant qu’est le chrétien est béni, chéri, entouré de soins, appelé à servir dès qu’il le peut, promis à devenir héritier.Le chemin pour devenir membre du Royaume de Dieu, membre de la Maison de Dieu est celui-ci : ressembler aux petits enfants, c’est-à-dire avoir vis-à-vis de Dieu, du Christ et de l’Eglise, une active disposition d’accueil.

Au temps de Jésus, la science d’un maître n’était destinée qu’à des gens qui fréquentaient les écoles.Par conséquent, les femmes, les enfants et les esclaves en étaient privés et exclus. C’est pourquoi les disciples semblent avoir une mentalité de garde-corps vis-à-vis de Jésus. Ils s’estiment chargés d’un certain protocole conforme à l’idée qu’ils se font du ministère de Jésus, Messie et futur roi. Ils n’admettent pas que les petits et les humbles importunent sur son passage un personnage aussi important. Ils rabrouent les mamans qui dérangent le Maître en lui présentant leurs enfants.N’avons-nous pas une telle mentalité dans nos églises aujourd’hui ? Prêtres, curés, vicaires, marguilliers, scouts ?Mais Jésus laisse approcher tout ce monde à la périphérie de l’existence mais qui est digne du Royaume des cieux, de la maison de Dieu. Il faut un cœur d’enfant avec sa transparence, ses grands désirs, sa naïveté même, pour entrer dans le Royaume de Dieu, et devenir pierre vivante dans la maison de Dieu. Il importe certainement de ne pas l’oublier trop vite. En conséquence, quelle est la place et quel est le statut des enfants dans nos églises aujourd’hui ? Quel est notre statut d’enfant dans la maison de notre Père ?Quand nous faisons baptiser nos enfants dans l’Eglise, nous leur permettons d’être touchés par le Christ.C’est l’occasion de rappeler en cette circonstance solennelle que nous devons apprendre à nos enfants le caractère sacré de l’église. Nous devons leur assurer une catéchèse sur l’église en les y amenant de temps à autre pour que le Seigneur enracine en eux son esprit droit, pur, sincère et fidèle.

Dans ce rapprochement entre la figure de l’enfant et l’entrée dans le Royaume, dans la Maison de Dieu, je voudrais également évoquer la tradition catholique qui aime représenter Sainte Anne, patronne de cette église, faisant lire à son Enfant la Sainte Ecriture, comme pour préparer le Cœur de Marie à accueillir en Elle la Parole devenue Chair, le Verbe de Dieu. Nous pouvons y voir, pour nous aussi, une pressante invitation à accueillir cette Parole Vivante avec un cœur d’enfant, à nous en nourrir le plus fréquemment possible, à nous en imprégner pour en témoigner et devenir des pierres vivantes dans la construction de l’Eglise. Puissions-nous faire resplendir ce Temple de Dieu que nous sommes par la sainteté de notre vie.Confions au Seigneur, par l’intercession de Sainte Anne et de Saint Joachim, toutes nos familles et de façon particulière notre famille ecclésiale, la maison que nous construisons. Pensons ici, d’une manière particulière à nos personnes âgées et à nos grands-parents souffrant de quelque maladie.Prions aussi, afin que dans l’Eglise que nous formons les parents entourent leurs enfants de beaucoup de Tendresse et qu’avec générosité, ils les élèvent humainement et chrétiennement. Alors nous bâtirons la maison où Dieu sera tout en tous. Que Jésus qui pose les fondations vous bénisse et que la Vierge Marie, Notre Dame de l’Assomption et Notre Dame de l’Ecoute vous protège. Le Seigneur soit avec vous.

+ Mgr Aristide GONSALLO,

Evêque de Porto-Novo

Homélie de Mgr Aristide aux voeux chez les SARC : 1er Oct 2016

Frères et sœurs en Christ,

Aujourd’hui, 1eroctobre, l’Eglise fait mémoire de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, un modèle lumineux pour la jeunesse et la vie consacrée. C’est également le samedi de la 26e semaine du temps ordinaire. Il se fait aussi que c’est ce jour que nous avons choisi pour recevoir les vœux perpétuels des sœurs Claire, Isabelle et Nadine, Servantes de l’Amour Rédempteur du Christ (communément appelées SARC). La spiritualité des SARC est essentiellement inspirée de saint Vincent de Paul dont nous avons fait mémoire mardi dernier. La fête de saint Vincent de Paul est une date mémorable pour l’institut des sœurs Servantes de l’Amour Rédempteur du Christ (SARC). C’est traditionnellement le jour réservé pour la profession des vœux perpétuels mais mardi dernier étant un jour ouvrable, nous avons plutôt opté pour le samedi après la fête de saint Vincent de Paul. Et comment recevoir les vœux perpétuels de ce jour sans nous souvenir du fondateur de l’Institut des SARC, Mgr Vincent Mensah de vénérée mémoire qui s’est toujours investi pour la vie et l’existence des sœurs SARC dans le panorama flamboyant de la vie consacrée. Dans la prière eucharistique de ce jour, son nom sera mentionné au mémento des défunts. Nous savons bien qu’il intercède pour l’institut des SARC et pour notre Eglise diocésaine qu’il a servie humblement pendant une trentaine d’années.

En fondant l’institut des SARC, Mgr Vincent Mensah insistait sur l’amour effectif et agissant de saint Vincent de Paul comme communion à l’amour du Christ Rédempteur. Pour lui, les sœurs issues de cette famille religieuse sont appelées à vivre l’aventure de la foi en servant efficacement l’homme dans toutes ses dimensions comme instruments de collaboration pour la charité pastorale et l’action apostolique dans l’Eglise. Et les fruits de l’œuvre pastorale et apostolique de Mgr Mensah sont là devant nous : non seulement la trentaine de sœurs qui appartiennent aujourd’hui à l’institut des SARC mais aussi et surtout les trois d’entre elles qui vont prononcer dans un instant leurs vœux perpétuels, je veux nommer les sœursClaire, Isabelle et Nadine.

En les voyant devant moi, après avoir suivi leur parcours, prié et écouté les voix autorisées, je me pose une question que je veux bien partager avec vous tous ici rassemblés :Certes, elles sont appelées à émettre leurs vœux perpétuels et nous les en félicitons mais qui est assez armé et préparé pour dire "oui" à Dieu, le "oui" de toute la vie ? Personne, dirions-nous. Mais le "oui" qui va être prononcé dans un instant est le fruit de toute une histoire sacrée, le fruit d’un dialogue mystérieux entre Dieu et l’homme. Dieu parle au cœur de toute créature. La réponse de l’homme peut être un vœu ou une promesse. Elle a la nature d’un balbutiement qui devient certitude avec la grâce de Dieu. Si, dans le sacrement de mariage, le « oui » passe par la réponse donnée au conjoint, dans la vie consacrée, par contre,le "oui" est directement promis à Dieu, bien évidemment en présence de la communauté religieuse et de la communauté chrétienne. Il faut de l’audace et du courage pour oser répondre directement à Dieu. Et où pouvons-nous puiser cette confiance et cette fermeté si ce n’est dans les Ecritures et dans les témoignages donnés par les saints en l’occurrence saint Vincent de Paul, sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et Mère Térèsa récemment canonisée.

Les lectures de ce jour tirées de la Sainte Ecriture ont été choisies par les sœurs en fonction des événements qui marquent cette célébration et nous les en remercions. Comment ne pas se sentir touché par la densité et la teneur spirituelle de ces textes qui viennent à point nommé ?

La première lecture tirée du livre du Cantique des Cantiques (2, 8-14) se prête bien à une célébration de mariage. Tant de générations ont choisi ce texte pour célébrer leur mariage. Et c’est bien une alliance que nous célébrons aujourd’hui, l’alliance entre Dieu et l’homme, l’alliance entre Dieu et les sœurs Claire, Isabelle et Nadine. Si notre âme demeure en communion avec le Seigneur, elle s’attache à lui et désire plus ardemment son retour. Aujourd’hui, les sœurs Claire, Isabelle et Nadine distinguent sans peine une voix aimée. Elles n’entendent plus une autre voix que la voix charmante du Seigneur après lequel elles soupirent jour après jour. Les sœurs Claire, Isabelle et Nadine courent après le Seigneur car elles éprouvent le besoin d’être tout près de lui, d’être en lui.Comme la bien-aimée, chaque sœur voudrait dire au Seigneur : « Montre-moi ton visage, fais-moi entendre ta voix ; car ta voix est douce, et ton visage est agréable ». Elles désirent marcher avec le Seigneur et être heureuses en lui. C’est le Seigneur lui-même que les sœurs Claire, Isabelle et Nadine ont attendu avec impatience. Aujourd’hui, il se révèle à elles afin qu’elles entrent dans l’amour et l’allégresse de l’époux. Alors, elles connaissent la sollicitude du Seigneur et apprécient la valeur de son amour. Le Seigneur remplit leurs cœurs de joie en se révélant plus clairement encore, en leur manifestant une nouvelle assurance de son amour. Par conséquent, elles doivent se séparer de tout ce qui est opposé et contraire à la sainteté, ce grand projet de Dieu sur nous.

Le chemin vers la sainteté nous est justement explicité par saint Paul dans la deuxième lecture (Rm 8, 12-17). L’Esprit du Christ et l’esprit de la chair s’affrontent en nous dans le combat en vue de la sainteté. Le choix de la vie consacrée est un chemin de sainteté. Aussi Paul encourage-t-il les chrétiens à accueillir pleinement l’Esprit de Dieu, à se réjouir de sa présence, à le laisser produire ses fruits en eux et à se laisser conduire par lui.Si nous sommes conduits par l’Esprit, les actions de la chair sont anéanties. Nous sommes maintenant dans l’Esprit, et non plus dans la chair. Mais la chair est encore en nous. Il est donc nécessaire d’être vigilants pour que la chair ne se manifeste pas par ses actions.Nos trois sœurs qui optent pour la vie consacrée comme chemin de sainteté mènent ce combat contre la chair pour dire « oui » à Dieu en se laissant conduire par lui à tous les moments de leur vie. C’est à ce prix que l’enfant de Dieu qui est en elles prend consistance et atteint sa maturité.

Ainsi, nos trois sœurs peuvent comme le Fils appeler Dieu « Abba », « Père ». Ainsi, sur le fondement du baptême qui fait d’elles des enfants de Dieu, nos sœurs entrent aujourd’hui dans leur héritage et vivent leur identité véritable dans la relation à Dieu notre Père. Jadis étrangères à la vie divine, aujourd’hui sur la foi du baptême et de la vie consacrée, elles deviennent les enfants bien-aimés et ses héritiers afin qu’elles jouissent par l’Esprit de cette relation privilégiée avec Dieu connu comme Père.

Comment entrer dans cette relation privilégiée avec le Seigneur si ce n’est dans l’humilité et l’accueil qui caractérisent les vrais enfants de Dieu ? Saint Matthieu ne dit pas autre chose dans l’évangile du jour (Matthieu 18, 1-4). Après la leçon d’humilité donnée par le Seigneur, voici que les apôtres lui posent encore une question surprenante :« Qui donc est le plus grand dans le royaume des cieux ? ». Jésus n’y va pas par quatre chemins : Il place un enfant au milieu des disciples pour qu’il leur serve de modèle de simplicité de cœur, d’innocence, d’humilité et d’obéissance, autant de vertus à promouvoir dans la vie consacrée en vue de la sainteté.Jésus nous révèle que les normes et les règles qui ont cours dans le royaume des cieux sont à l’opposé de celles du monde. Les places de choix dans le royaume ne s’obtiennent pas en soumettant les autres mais en se soumettant à eux.

La disposition de cœur à laquelle nous invite Jésus n’est pas un état. Elle est plutôt une marche et une pédagogie. C’est en cherchant toujours à devenir enfant de Dieu, en gardant toujours les yeux fixés sur Jésus, notre référence et notre chemin, que nous sommes réellement enfant de Dieu. C’est ce qu’on appelle le don de soiet nos sœurs nous en donnent un vibrant témoignage aujourd’hui. La grandeur des âmes consacrées est d’être aussi les « héritiers de Dieu », ceux qui reçoivent de lui la capacité de tout donner par amour. La parole de Dieu nous sert de guide et de lumière pour notre vie. Les saints qui nous ont précédés et dont nous portons les noms nous en donnent l’exemple en l’occurrence saint Vincent de Paul et sainte Thérèse de l’Enfant Jésus.

Je voudrais également mentionner Mère Térésa de Calcutta qui a été canonisée le 4 septembre dernier. C’est par leur témoignage que nous comprenons que la sainteté et la vie consacrée ne sont pas hors de notre portée. Les Saints se distinguent particulièrement par leur humilité, leur simplicité évangélique et leur confiance en Dieu.Ils nous ont transmis leur expérience évangélique dans un langage simple et vivant, afin que les chrétiens de tous pays et de toutes cultures puissent la comprendre et l’assimiler.Avec eux, nous comprenons qu’il est possible de devenir saint en accomplissant la volonté de Dieu, car la profession dans la vie consacrée est un approfondissement du baptême.Les Saints ont mis en pratique les Ecritures telles que nous en comprenons le sens en méditant les textes du jour et ils ont bien voulu synthétiser pour nous des règles précises pour ceux qui entendent vivre la vie consacrée comme chemin vers la sainteté à travers les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance.

Chères sœurs Claire, Isabelle et Nadine, vous avez cherché votre vocation et je voudrais croire que vous l’avez trouvée. Oui, comme sainte Thérèse, vous avez trouvé votre vocation : « c’est l’Amour ».Vous avez trouvé la paix.Ainsi, dans la pratique des vœux de pauvreté, de chasteté, d’obéissance qui reposent tous les trois sur l’humilité, vous serez l’amourau cœur du monde, au cœur de l’Eglise, votre Mère.Votre témoignage personnel et bien soigné doit impressionner et constituer un appel irrésistible et ravissant à « sortir de soi » pour aller vers les autres, en privilégiant les plus pauvres, avec la conscience que l’Evangile doit être annoncé partout, avec le devoir de manifester le Règne de Dieu. C’est justement par le vœu de pauvreté que je voudrais commencer mon exhortation à votre endroit.

La pauvreté : de par votre charisme inspiré de saint Vincent de Paul, vous convenez avec moi que la canonisation récente de Mère Thérèsa est une grâce pour vous en cette année du Jubilé de la Miséricorde qui coïncide fort heureusement avec l’année de vos vœux perpétuels.Car, comme l’affirmait le pape François dans son homélie pour la canonisation de Mère Térésa, « suivre Jésus est un engagement sérieux et en même temps joyeux ; cela demande radicalité et courage pour reconnaître le divin Maître dans le plus pauvre ainsi que dans le marginalisé de la vie et pour se mettre à son service ». En effet, le pape François a reconnu en Mère Térésa « une généreuse dispensatrice de la miséricorde divine, en se rendant disponible à travers l’accueil et la défense de la vie humaine, la vie dans le sein maternel comme la vie abandonnée et rejetée ». Chères sœurs, à la suite de saint Vincent de Paul et Mère Térèsa, c’est votre esprit de pauvreté qui vous permettra d’aller vers les plus pauvres, les marginalisés de notre société. Ce sont ceux qui se trouvent à la périphérie de l’existence et que le Pape décline ainsi à l’attention de chacune de vous comme suit : « ceux qui ont perdu la foi ou vivent comme si Dieu n’existait pas, […] les jeunes sans valeurs et sans idéaux, […] les familles en crise, […] les malades et les détenus, […] les réfugiés et les migrants, […] les faibles et […] ceux qui sont sans défense corporellement et spirituellement, […] les mineurs abandonnés à eux-mêmes, ainsi que […] les personnes âgées laissées seules » (homélie canonisation Mère Térésa). Vous êtes aussi attendues sur ce champ d’apostolat sans rien espérer en retour car cela vous sera rendu à la résurrection des justes. C’est votre témoignage de pauvreté qui donnera vie et lumière à votre vœu de chasteté.

La chasteté est une droiture du regard sur le monde ambiant,sur ses richesses, sur les productions de l’imagination notamment les technologies de l’information et de la communication. Mais la chasteté est davantage encore une qualité de la relation à Dieu : « bienheureux les cœurs purs, ils verront Dieu ». A la chasteté je voudrais associer L’humilité comme une des vertus attendues pour la promotion de la vie consacrée. Nous savons combien l’orgueil se manifeste quand nous sommes préoccupés de nous-mêmes, quand nous dénigrons systématiquement les autres et quand nous nourrissons en nous-mêmes des pensées de supériorité. La Parole de Dieu nous enseigne à ne pas nous comparer les uns aux autres (cf. 2 Cor 10, 12-13), à ne pas nous estimer au-dessus des autres pour les mépriser (cf. Rm 12, 3). Cela ne signifie pas qu’il faut être de nature petite ou simple, limité ou non dans ses capacités. Il s’agit plutôt de renoncer à la grandeur passagère et dangereuse pour demeurersans risque au niveau des humbles et des simples. L’humilité est un véritable chemin de sainteté comme nous y exhorte la « petite Thérèse » en s’adressant à ceux qui veulent découvrir la « petite voie » : « Consentez à être ce petit enfant. Par la pratique de toutes les vertus, levez toujours votre petit pied pour gravir l’escalier de la sainteté. Vous n’arriverez même pas à monter la première marche, mais le bon Dieu ne demande de vous que la bonne volonté. Bientôt vaincu par vos efforts inutiles, il descendra lui-même et vous prenant dans ses bras, vous emportera pour toujours dans son royaume ». Oui, c’est votre obéissance qui sera la preuve de votre humilité.

L’obéissance : Le vœu d’obéissance consiste avant tout à écouter Dieu et à lui obéir. Mais ce vœu en lien avec la pauvreté et la chasteté vous conduit aussi à écouter les luttes et les détresses de vos frères et sœurs en humanité. Alors vous vous engagez à avoir l’oreille et le cœur tendus vers eux afin d’identifier les points de convergence entre ce que vous portez comme aspirations et ce que le monde attend de vous, ce que vos frères et sœurs en communauté attendent de vous, ce que Dieu lui-même attend de vous.

Chères sœurs Claire, Isabelle et Nadine, je vous invite à l’ouverture confiante à Dieu, le Père miséricordieux qui vous aime et vous comprend. Je vous exhorte à marcher à la suite de Jésus, le visage miséricordieux de Dieu. Je vous convie à la docilité à l’Esprit Saint qui conduit votre histoire, celle de vos familles de sang que je salue ici, celle de votre famille religieuse que je remercie et votre propre histoire sacrée. Acceptez votre pauvreté et votre faiblesse en reconnaissant que rien ne peut vous séparer de l’amour du Christ. (cf. Rm 8, 37-39). En ce mois du rosaire, je vous confie à la sollicitude maternelle de Marie, Notre Dame du Rosaire et Notre Dame des Victoires. Puisse-t-elle vous conduire et guider sereinement vos pas de même que ceux de toute l’assemblée de ce jour. Amen.

Mgr Aristide GONSALLO, Evêque de Porto-Novo

Homélie aux Voeux de la Sr Edwige C. (SMMI)

Frères et sœurs en Christ,

En ce temps de l’Avent, en route vers la solennité de la Nativité du Seigneur, l’Église nous invite à célébrer avec joie l’Immaculée Conception. Il ne s’agit pas d’une sanctification au moment de la naissance de Marie mais d’une sanctification dès sa conception. Ce privilège accordé à la Très Sainte Vierge Marie avait été prédit dès l’origine du monde comme nous le comprenons à travers la première lecture de ce jour tirée de la Genèse (3, 9-15. 20). Par son Immaculée Conception, la Vierge Marie écrasa la tête du serpent qui a introduit le péché originel sur la terre par Adam et Eve.

La Constitution sur l’Église du Concile Vatican II nous dit que « depuis le premier instant de son existence, elle [Marie] est enrichie des splendeurs d’une sainteté singulière. »De ce fait, Marie a été appelée « la toute sainte ». Le dogme de l’Immaculée Conception a été proclamé par le pape Pie IX en 1854. Quatre ans plus tard, le petite Bernadette de Lourdes, qui ne connaissait rien au vocabulaire théologique, recevra une confirmation de cette révélation : « Je suis l’Immaculée Conception ». Ainsi, en vertu d’une grâce exceptionnelle, Marie, la Mère de Jésus,a été préservée du péché. Marie est « immaculée » et le péché n’a pas effleuré un instant son être intime.Célébrer l’Immaculée Conception de la Vierge Marie, c’est exalter une Femme qui est à la fois ordinaire et singulière, une Femme comme il n’y en pas d’autres. En Marie, qui est née dans une famille ordinaire -celle d’Anne et de Joachim-, il n’y a aucune trace de l’événement dont nous souffrons tous, dont le monde souffre. Il n’y a aucune trace du péché originel qui fait de nous tous des êtres partagés, déchirés, tiraillés entre le bien que nous voudrions faire et le mal que nous voudrions éviter et auquel, bien souvent, nous succombons « en pensée, en parole, par action et par omission », pour reprendre les mots du confiteor. Marie de Nazareth n’a fait aucune expérience de tout cela. Au contraire, Dieu lui a fait le don extraordinaire de naître et de rester immaculée, c’est-à-dire sans aucune compromission, sans aucun pacte avec le mal et le péché. Même si sa vie ne fut pas exempte d’interrogations et de peines, Marie a toujours vécu vis-à-vis de Dieu dans une confiance absolue, sans aucune réserve ni réticence ou opposition. Dieu voulait que le sein maternel qui allait accueillir et contenir son propre Fils fut intact, limpide, immaculé en somme. Par le « Oui » que Marie offre à l’Ange Gabriel - et donc à Dieu, l’histoire du monde et la nôtre connaissent une profonde mutation.

A l’occasion de la solennité de ce jour, la liturgie nous fait entendre l’Evangile de l’Annonciation (Lc 1, 26-38). Ce récit nous révèle justement l’instant divin qui a entièrement bouleversé l’humanité. L’ange Gabriel annonce à Marie qu’elle sera la Mère du Sauveur. L’ange attendait sa réponse, car si Dieu appelle, il respecte la liberté de chacun. Marie reste libre d’accepter ou de refuser. Elle cherche simplement à comprendre : « Comment cela va-t-il se faire ? » L’ange lui répond : « L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre. » Et Marie accepte, en prononçant ces simples paroles : « Je suis la servante du Seigneur, que tout se passe pour moi selon ta parole. » La solennité de l’Immaculée Conception nous donne l’occasion de réfléchir à ce rôle de la plus haute importance que Dieu a confié à Marie. La grâce dont la Vierge Immaculée est remplie ne la met pas au-dessus de la condition humaine. Ce n’est pas un manteau qui la recouvre mais un amour qui pénètre dans son être, pour qu’elle puisse concevoir le Fils du Père. Aujourd’hui encore, le Seigneur continue à appeler des hommes et des femmes pour leur confier une mission. Ce n’est plus par l’ange Gabriel qu’il intervient dans notre vie, mais le Seigneur nous rejoint dans les diverses circonstances par les personnes qu’il met sur notre route. Il peut aussi nous interpeler par une parole d’évangile, par un événement particulier ou le charisme d’un Saint fondateur d’un Institut, ou d’une congrégation religieuse. Il vient nous chercher aux périphéries de l’existence où nous entraînent le mal et le péché. Il nous appelle à puiser à la source de son amour pour le faire rayonner autour de nous. Nous sommes choisis par Dieu pour incarner sa bonté, sa tendresse et sa justice, des vertus plus que jamais indispensables à notre monde d’aujourd’hui.

Dans le même ordre d’idées, le pape François ne cesse pas d’inviter les religieux et religieuses à « réveiller le monde ». Cet appel retentit précisément en ce temps de l’Avent où l’Eglise insiste sur la veille et le devoir de vigilance. Par conséquent, la vie consacrée brille comme l’Avent dans la vie de l’Eglise. La vie consacrée tourne notre regard vers Celui qui vient. La vie consacrée à Dieu, la vie avec Dieu est toujours un chemin à la fois merveilleux et simple, parfois aride, mais elle est la terre de la promesse.La vie consacrée n’est pas le but mais le moyen par lequel, uni avec le Christ dans l’Eglise, le religieux ou la religieuse se fait serviteur ou servante de ce monde en vue de le transformer pour le Royaume.

Dans l’Évangile de l’Annonciation que nous avons entendu, le mystère de l’Incarnation s’ouvre sur la salutation de l’ange : « Réjouis-toi ». La Vierge Immaculée y voit la promesse de joie de l’Ancienne Alliance en train de se réaliser. Cette joie est aussi la nôtre à chaque fois que le Seigneur nous appelle et nous choisit pour l’annoncer. La réponse des âmes consacrées à l’appel du Christ est profondément une joie quand celles-ci se laissent enseigner par l’attitude de Marie. La Vierge Immaculée s’interroge sur le sens de cette salutation. Elle est troublée, non pas à la vue de l’ange Gabriel, envoyé par Dieu mais à l’écoute de son message. Silencieusement attentive au mystère de Dieu, Marie nous apprend à écouter, à recevoir la Parole. Et sa virginité est le signe le plus fort de cette écoute devant Dieu, une écoute marquée d’une disponibilité absolue.« Pour Marie, sa virginité est attente de l’Esprit de Dieu, silence du corps, du cœur et de l’esprit, silence de tout l’être » (Y. Raguin). Marie savait bien dans le même temps qu’elle ne pouvait être jamais assez écoute et silence pour recevoir la Parole de Dieu dans toute sa profondeur. C’est pourquoi, elle n’a dit qu’un mot : « Oui » - « Fiat » ; que tout m’advienne selon ta Parole ».

Chère sœur Edwige,

Viens, le Seigneur t’appelle comme il a appelé Marie pour continuer son œuvre de salut. Aujourd’hui, le Seigneur a besoin de tes mains pour continuer les siennes. Il a besoin de tes lèvres pour prononcer ses paroles. Il a besoin de tes yeux pour voir la souffrance humaine et la soulager. Quelle que soit la question qu’il te pose, il t’invite à lui dire oui. Et à l’instant où tu dis oui, c’est comme un raz de marée qui emporte tout sur son passage. Aujourd’hui, c’est une grande aventure qui commence pour toi. Il n’y a pas de plus grand bonheur pour une femme consacrée que d’être la servante du Seigneur, la servante de l’amour. Marie n’a pas suivi d’autre chemin. « Elle est celle qui n’a jamais refusé à Dieu la plus petite preuve d’amour » (Mgr Thomas). Marie s’est laissé pénétrer par l’amour de Dieu qui l’a rendue immaculée. Marie t’oriente vers l’adoration, la reconnaissance, le goût d’une vie entièrement donnée. Elle a été et demeure la servante du Seigneur. Aujourd’hui, elle te dit : « Fais tout ce que mon Fils Jésus te dira ».

En ce temps de l’Avent et en cette solennité de l’Immaculée Conception, la question t’est posée bien simplement : Accepterais-tu la venue du Christ en toi et dans ta vie ?Sache-le aujourd’hui : Porter Dieu en toi et l’offrir au monde est une démarche extraordinaire. Tu y trouves une joie que personne ne pourra te ravir. Avec Marie, tes visites deviennent des visitations. C’est à cela que tu es appelée quand tu te rends auprès d’une personne malade ou dans le besoin selon le charisme de ton Institut. Tu seras peut-être conduite sur des chemins que tu n’avais pas prévus. Mais nous savons que l’amour de Dieu ne te décevra pas. Comme le disait un missionnaire : « S’il y a des risques à suivre Jésus-Christ, il n’y a jamais de déception ».

Comme Marie, Dieu t’appelle pour te confier une mission, une responsabilité. Il compte sur toi dans ta paroisse, dans ta famille religieuse et dans ta famille de sang, sur tes lieux de vie et de travail pour être le témoin et le messager de son amour. Quand tu réponds « oui », tu deviens porteuse de lumière. La réponse t’appartient car personne ne saurait répondre à la place de l’autre. Le Seigneur a besoin de ton accord personnel. Ne crains pas. Ta mission est tournée vers le bonheur, le tien et celui de toute l’humanité. Tu peux compter sur Marie Immaculée, Sainte patronne de ton Institut, la première en chemin, la première à répondre « oui » à l’appel de Dieu qui vient dans ce monde. « Marie est mère des hommes pour pouvoir tout demander, et elle est mère de Dieu pour pouvoir tout obtenir » (cardinal Pie).En ce temps de l’Avent, temps d’espérance, je demande à Dieu de te rendre accueillante à l’appel et à la venue de son Fils dans ta vie et dans notre vie à tous. Dieu vient habiter ton Nazareth d’aujourd’hui. Comme Marie, ose Lui ouvrir la porte de ton cœur.

Que la Vierge Immaculée t’aide à prononcer ton « oui définitif » - ce « oui définitif » que tu vas déclarer aujourd’hui. Ce « oui » n’est jamais asservissant, car il reste libre et trouve sa source dans ce « oui » sincère et généreux que tu as prononcé jadis en réponse à l’appel du Christ, ce « oui » des premiers vœux qui reste dans ta vie comme un moment d’éternité que le Seigneur saura consacrer. La seule question que pose Marie « comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge ? », cette question n’est pas une objection. Marie accorde à Dieu son consentement total. Marie ne réclame pas des preuves. Elle ne demande pas les pièces d’identité de l’Ange et de celui qui l’a envoyé. Mais Marie rattrape pour ainsi dire l’ange par ses ailes – comme l’écrit plaisamment un théologien-.Elle l’oblige en quelque sorte à en dire davantage. Elle demande une explication. A la question de Marie, l’Ange lui répond que Dieu sera avec Elle et qu’il la couvrira de son ombre ». L’ombre rappelle la nuée de l’Exode et évoque également une présence discrète de l’Esprit qui nous couvre de son ombre. C’est dire que dans notre marche à la suite du Seigneur, nous recevons l’Esprit. Ce lien est important. Ici encore, Marie nous apprend à ne pas avoir peur de l’Esprit Saint. Vivons de l’Esprit, en nous ouvrant à la Vierge Marie.

Chère Sœur Edwige,

La fidélité et la miséricorde de Dieu sont infinies comme le chante Marie dans son Magnificat. Ton appel s’est confirmé au fil du temps. Non sans épreuves, ton appel s’est affiné, qualifié et purifié. La prière et les sacrements t’ont aidée à percevoir l’appel du Seigneur. Puis la certitude est venue de te remettre entre les mains du Seigneur. Jésus a été pauvre, chaste et obéissant. Il est devenu pour toi le chemin à suivre et tu vas le manifester dans un instant en prononçant pour toujours les vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance. Ta seule richesse, c’est le désir de faire la volonté de Dieu et de te perfectionner de jour en jour dans la charité. Si un certain avoir est utile, si posséder quelque bien est utile, c’est d’abord l’être qui prime. La chasteté consiste à établir une juste relation avec tes frères et sœurs dans le Christ. La continence consiste à faire de l’amour du Seigneur le seul bien qui remplisse ta vie. L’obéissance consiste à te mettre à l’écoute du projet de Dieu sur toi et sur le monde.

Le vœu d’obéissance est un vœu qui, loin de t’inciter à la servilité, te rend au contraire libre pour la mission à la suite du Christ. Le vœu d’obéissance te demande tout à la fois d’être responsable de tes frères et de tes sœurs avec qui tu vis, responsable du monde où tu es insérée. Le vœu d’obéissance est un vœu qui fait appel à l’adulte en toi. C’est pourquoi il est un vœu libérateur, qui vient chercher ce qu’il y a de meilleur en toi. Mais le vœu d’obéissance, à cause du droit de regard de tes sœurs sur ta manière de vivre avec eux le projet de votre institut et la suite du Christ, devient aussi un lieu de vérité, de croissance et de libération vis-à-vis de tes limites et de tes pauvretés. Le vœu d’obéissance est un lieu d’interpellation et de libération qui ne peut faire de toi qu’une vraie religieuse plus heureuse et plus engagée.

Je voudrais maintenant achever cette homélie par des salutations adressées à toutes les personnes qui t’ont ouvert la voie du don total de Dieu. Elles se comptent par centaines. Il y a tes parents, les familles CHIDIKOFAN et DJIDONOU car les familles croyantes et chrétiennes sont de véritables pépinières de vocations .Il y a ceux et celles qui ont déjà rejoint la maison du Père céleste. Il y a ceux et celles qui sont passées parmi nous en faisant le bien et celles qui sont encore à l’œuvre. Chère sœur Edwige, tu leur dois une gratitude particulière dont je me fais l’interprète. Je n’oublie pas ceux et celles qui ont accompagné tes premiers pas sur les chemins de l’appel de Dieu de même que tous les fidèles qui, d’une façon ou d’une autre, t’ont encouragée par leur générosité et leur prière. Tel un relayeur dans une course d’équipe, tu as reçu d’eux un témoin à transmettre. Tu es la première béninoise à émettre les vœux perpétuels chez les SMMI. Puisse le Seigneur t’aider à passer le témoin en appelant d’autres jeunes filles à ta suite dans la vie consacrée et plus particulièrement dans l’Institut des Salésiennes Missionnaires de Marie Immaculée.

Je t’adresse enfin une demande paternelle. C’est toujours en revenant à la source qu’est l’eucharistie que tu fais un pas en avant. En faisant de l’eucharistie le point d’orgue qui unifie ta vie, en puisant l’énergie nécessaire dans les Écritures et la prière, prie pour nous tous ici rassemblés et prie pour moi ton évêque car j’ai aussi besoin de tes prières de professe perpétuelle pour ma conversion et l’accomplissement de ma mission. Le Seigneur soit avec vous.

+Mgr Aristide GONSALLO

VŒUX PERPETUELS DE LA SŒUR EDWIGE MIREILLE CHIDIKOFAN

Le Jeudi 08 Décembre 2016, sur la paroisse Sainte Anne d’Attakè, en la Solennité de l’Immaculée Conception de la Vierge-Marie, a eu lieu la cérémonie des vœux perpétuels de la sœur Edwige Mireille Chidikofan dans l’institut des Salésiennes Missionnaires de Marie Immaculée (SMMI). Commencée aux environs de 9Heures 30mn, la messe a été présidée par Mgr Aristide Gonsallo, entouré d’une quarantaine de prêtres, avec la présence effective de plusieurs autres instituts religieux.

Fruit des 30 ans de présence des SMMI sur la terre béninoise, la sœur Edwige Mireille Chidikofan est la première béninoise à émettre les vœux définitifs dans cet institut.

Au début de son homélie, l’évêque de Porto-Novo a adressé quelques mots à l’assemblée, en goun, l’invitant à prier pour la nouvelle professe perpétuelle afin qu’elle reste fidèle à son engagement définitif à la suite du Christ. Par ailleurs,l’évêque en rafraichissant notre mémoire sur la mariologie, a mis un accent particulier sur la fête de l’Immaculée Conception, en faisant le lien avec le projet de Dieu sur la Vierge-Marie qui continue jusqu’à ce jour. Il a signalé que la Vie Consacrée est le cœur de notre salut, et pour cela, il a invité la nouvelle professe à dire son « oui » définitif à Dieu en imitant la Vierge-Marie. Ce « oui » qui aidera la professe perpétuelle à servir les malades selon le charisme de son fondateur. Le prélat a invité l’heureuse du jour à ne pas avoir peur pour son fiat prononcé à la suite du Christ. Car Marie nous apprends à ne pas avoir peur de l’Esprit Saint. Plus encore, il lui demande de chercher à faire la volonté de Dieu en toute chose et de se perfectionner de jour en jour dans la charité. Par ailleurs, Mgr a essayé d’attirer l’attention de la Sr Edwige sur la pratique des conseils évangéliques à savoir : la chasteté, la pauvreté et l’obéissance. Parlant de la chasteté, Mgr faisait comprendre à Sr Edwige qu’elle consiste à établir une juste relation avec les frères et sœurs en humanité. La pauvreté quant à elle, consiste à revêtir le Christ dans sa pauvreté. Enfin l’obéissance consiste à se mettre à l’écoute du projet de Dieu. Aussi le vœu d’obéissance est un vœu qui rend libre pour la mission à la suite du Christ et qui fera d’elle une vraie religieuse.

Pour achever son homélie, le célébrant a adressé ses salutations à tous ceux et celles qui ont aidés la sœur Edwige dans la réalisation de sa vocation jusqu’à son oui définitif à Dieu.Il n’a pas manqué d’exhorter la nouvelle professe à toujours revenir à la source qu’est l’Eucharistie, pour y puiser des forces afin de mieux servir, sollicitant ses prières pour l’assemblée et plus spécialement pour lui-même son évêque parce qu’il a besoin de ses prières de jeune professe perpétuelle.

La messe a pris fin aux environs de 12 heures, laissant place aux réjouissances fraternelles, dans une ambiance de gaité.

Sœur Judith VIDINHOUEDE, SARC

Homélie de Mgr à La consécration de St Pierre et St Paul

Excellence Mgr Martin Adjou, évêque du diocèse de N’Dali, Excellence Mgr Eugène Houndékon, évêque du diocèse d’Abomey, Chers pères concélébrants, Chers religieux et religieuses, Chers fidèles chrétiens et vous tous membres du peuple de Dieu, Autorités politiques, civiles et religieuses en vos rangs et qualités respectifs, A mon tour, je vous souhaite la bienvenue dans cette demeure que nous allons bientôt consacrer entièrement au Seigneur. Oui, cette église dédiée à saint Pierre et saint Paul est un lieu de mémoire et de paix, un édifice construit de la main des hommes, de générations en générations. En votre nom à tous et en mon nom personnel, je voudrais saluer la mémoire de mes prédécesseurs sur le siège épiscopal de Porto-Novo, tous les curés et leurs collaborateurs qui ont exercé leur ministère sur cette paroisse, tous les ouvriers, tous les bienfaiteurs et donateurs qui se sont succédés pour que nous ayons un si bel édifice aujourd’hui. Je voudrais remercier tous ceux et celles qui ont œuvré de jour comme de nuit à la construction de cette maison de Dieu, les vivants comme ceux qui ont déjà rejoint la maison du Père des cieux après avoir contribué à construire celle de la terre. Du haut des cieux, ceux-ci jubilent avec nous en ce moment, car l’Eglise, c’est la communion des saints.

« Ce jour que fit le Seigneur est un jour de joie, jour d’allégresse, jour d’exultation ». Rendons grâce à Dieu qui nous donne aujourd’hui de lui remettre entièrement entre les mains ce qui lui appartient. Quand on a construit une église c’est-à-dire la demeure de Dieu et qu’on s’y rassemble pour prier et honorer Dieu, il y a un jour où l’on consacre cette église. Et ce jour-là, on parle de la dédicace de cette église. C’est la démarche que nous entreprenons aujourd’hui, une démarche pleine de sens pour Dieu et pour nous. C’est la maison de Dieu au milieu son peuple, avec des pierres scellées au ciment de l’Esprit-Saint. Bénis dans un instant, aspergés d’eau lustrale, oints par le saint-chrême, l’huile sainte, les murs de cet édifice deviendront une construction originale pour mieux accueillir le peuple de Dieu que nous formons, comme nous le relatent les lectures que nous avons choisies pour la circonstance.

Dans la première lecture tirée du livre d’Isaïe (56, 1…7), par la bouche du prophète, le Seigneur déclare combien il rend heureux dans sa maison de prière.De ce fait, il souligne qu’il fait bon accueil à nos prières et à nos offrandes sur son autel. L’exil du peuple d’Israël a clairement montré que Dieu n’est pas lié exclusivement à un pays ou à une nation. Car le jour est venu où les étrangers qui honorent Dieu et observent ses commandements sont escortés au temple du Seigneur pour y offrir leurs sacrifices et leurs prières. L’universalité du Salut est alors explicitement évoquée par Dieu lui-même en ces termes : « Ma maison s’appellera maison de prière pour tous les peuples ». Par conséquent, personne ne devra jamais se sentir exclu ou étranger dans la maison de Dieu.

La dédicace d’une église est l’expression du mystère de la construction de l’Église. C’est le Christ qui construit l’Église et lui donne vie. Quand nous parcourons les Ecritures, nous sommes frappés par la multitude d’images qui se recoupent à ce sujet. Saint Jean nous présente l’image bien connue de la vigne. L’Eglise est comme les sarments qui reçoivent la sève et donc la vie, la vigueur du cep qui est le Christ. Saint Paul évoque plutôt l’image du corps. L’Église,c’est le Corps du Christ, constituée par des croyants qui sont les membres de ce Corps. Certes, tous sont différents les uns des autres mais tous sont complémentaires les uns des autres.

Avec la dédicace de ce jour, nous avons une nouvelle image, celle de l’Église comme construction comme le révèle l’apôtre Paul dans la deuxième lecture : « Frères, vous êtes la maison que Dieu construit. Comme un architecte, avec la grâce que Dieu m’a donnée, j’ai posé les fondations. D’autres poursuivent la construction ; mais que chacun prenne garde à la manière dont il construit. Les fondations, personne ne peut en poser d’autres que celles qui existent déjà : c’est fondations, c’est Jésus-Christ. » Elle se fonde sur le mot même d’église, « ecclesia » qui signifie« rassemblement ». Par conséquent, ce mot désigne la communauté que nous formons au cours de cette eucharistie comme nous le faisons d’ailleurs tous les dimanches et en semaine. Mais en même temps, ce mot désigne le bâtiment dans lequel nous nous trouvons en ce moment même, qui vibre et résonne de nos chants, de nos cantiques, de nos louanges et de nos prières. C’est l’occasion pour nous de méditer sur le sens de ce mot « église » dans la mesure où l’église en tant que bâtiment est faite de pierres vivantes comme le dit saint Pierre l’un des deux saints patrons de cette église. Ces pierres vivantes sont à comprendre comme des éléments qui se complètent les uns les autres, et qui constituent un édifice. Cet édifice, c’est l’Église qui préfigure l’union de tous les chrétiens, l’Église qui réunit tous les hommes dans un unique mystère.

En célébrant le mystère de l’Eglise, nous célébrons notre propre mystère car l’Eglise, c’est chacun de nous quand nous formons un seul corps en Christ. Saint Augustin l’exprime à sa manière quand il précise que « nous sommes un corps vivant ». En d’autres termes, nous ne sommes pas simplement les numéros d’une liste, nous sommes des pierres vivantes. La construction qui est l’Église ne pourra être vivante que si chacun de ses membres que nous sommes est vivant. C’est donc notre vie ajoutée à celle des autres qui constitue l’Église couronnée par le Christ, celui qui en est tout à la fois la tête, la pierre fondamentale, le cep, l’Époux.

Dans l’Evangile de ce jour, nous entendons Jésus dire : « Les invités de la Noce pourraient-ils donc être dans le deuil pendant le temps où l’Epoux est avec eux ? » Nous sommes les invités de la noce, et nous voici ainsi renvoyés à l’image du Christ, époux de l’Eglise, à l’Alliance et à l’incarnation par laquelle le Verbe a uni sa divinité à notre humanité. Le mystère de l’Église et du Christ s’accomplit dans cette découverte : l’Église est l’Épouse du Christ etnous sommes centrés sur cet amour qui, comme dans un mariage, unit le Christ aux membres de son Corps. Cet amour unit le Christ à tous ceux qui constituent le Corps de Jésus, c’est-à-dire l’Église.

« Tant que l’Epoux est avec eux » dit Jésus. Cette parole de Jésus véhicule le cœur même de la Bonne Nouvelle. En effet, l’Epoux est avec nous car son nom est « Emmanuel, Dieu avec nous ». Aussi chantons-nous cette hymne lors des consécrations ou dédicaces d’église : « Dieu avec nous, Dieu en nous, nous sommes le corps du Christ ». C’est aussi la fin d’une attente car désormais avec la consécration, Dieu prendra entièrement possession de ces lieux. Si Dieu prend entièrement possession de cet édifice, nous ne pourrons plus en faire un lieu de réunion ou de spectacle, un lieu de répétition ou une salle de catéchisme. Acceptons que l’Eglise ne soit pas d’abord ce que nous faisons, les rassemblements qui sont les nôtres, mais plutôt la demeure de Dieu parmi les hommes. Il faut que l’église soit respectée et que la présence de Dieu soit assumée par tous. C’est aussi le commencement d’une présence car avec la consécration de cette église, « l’invisible se fait voir » et se fait l’un de nous comme le laisse entendre saint Théodore le studite.

Oui, Dieu est là en Jésus-Christ. Dieu est là présent dans son Temple, dans son Eglise. Alors tout se renouvelle pour nous : « on met le vin nouveau dans des outres neuves et le tout se conserve ». Nous ne sommes plus attachés par les habitudes anciennes liées à la venue du Messie car il est là au milieu de son temple. Il est là qui nous parle comme jadis à la Samaritaine : « Je suis le Messie, moi qui te parle » (Jn 4, 26). On ne jeûne plus pour attendre le Messie car il est là au milieu de nous. On jeûne pour lui ressembler car il s’est fait l’un de nous à l’exception du péché. Il s’agit maintenant d’ouvrir grands les yeux et les oreilles non seulement pour découvrir la présence réelle de Dieu au milieu de nous mais aussi en chacun de nos frères et sœurs en cette année du Jubilé de la Miséricorde. Oui, comme des enfants bien- aimés, nous devons apprendre, dans la proximité de vie avec Jésus, l’Evangile du salut et le mettre en pratique à travers les œuvres de miséricorde en cette année du Jubilé de la Miséricorde.

Quand j’accomplis les œuvres de miséricorde corporelles et spirituelles, je découvre la présence effective de Dieu dans le prochain. Si par négligence nous détruisons le Temple de Dieu, si, entraînés par l’indifférence et le péché, nous laissions salir le Temple de Dieu que sont nos personnes, le pardon qu’il nous dispense inlassablement, lui, le miséricordieux, nous permettra de nous remettre debout et d’être pris dans ses bras, comme l’Enfant prodigue, afin de pouvoir accéder à son Corps et à son Sang. Ecouter Dieu avec son cœur et regarder son prochain constituent l’exigence première de l’Evangile : « Faites donc attention à la manière dont vous écoutez », nous dit Jésus (Lc 8, 18). La seule raison du jeûne est de nous introduire plus avant dans la vie divine. La venue du Royaume inauguré par Jésus permet à ses disciples de vivre dans la vraie joie, « la joie de l’Evangile » pour reprendre les mots du pape François. Cette joie qui nous caractérise en ce jour de la consécration de cette église est le signe que nous sommes en communion avec Dieu, que nous éprouvons sa présence dans notre vie et que nous sommes en paix.

« Vieux vêtements, … vieilles outres ». Ces deux paraboles jumelles de l’Evangile de ce jour suggèrent que de vieilles habitudes sont incompatibles avec la nouveauté que Dieu accomplit en nous et dans son Eglise. Elles suggèrent le renouveau apporté par la prédication de Jésus. C’est pourquoi Jésus est assez clair sur la question : il y a des passages, des passages exigeants à faire pour le vieil homme qui nous habite encore. La beauté de cet édifice qui sera consacré à Dieu doit nous amener à une beauté intérieure et nouvelle. Elle doit nous aider à passer de la vieillesse du péché à la jeunesse de la foi qui consolide l’unité de notre communauté ecclésiale.

La consécration de l’Eglise saint Pierre et saint Paul ne saurait donc se réduire à une simple dévotion ou à une vague idée théologique. Il s’agit du mystère même de notre propre vie. Nous sommes le Corps du Christ. Nous sommes l’Épouse du Christ. Nous sommes la vigne de Dieu. Nous sommes la cité du grand roi. La vérité de ces affirmations fondamentales de notre identité de chrétiens se résume dans cette dédicace que nous célébrons en communion avec tous les chrétiens de notre diocèse, car, sachons-le, notre communion n’est pas simplement celle de l’assemblée que nous constituons ce matin dans cette église saint Pierre et saint Paul, mais elle est celle de tout notre diocèse appelé à révéler la présence du Christ. Nous sommes donc membres du Corps du Christ et chacun de nous est membre de ce corps, représenté non seulement par notre communauté ici rassemblée, mais aussi par toute la communion de ce diocèse, de tous ces chrétiens rassemblés sous la houlette du pasteur de ce diocèse, l’évêque celui à qui le pape, successeur de Pierre, a confié au nom du Christ, une portion de la vigne du Seigneur. En cette fête de la consécration de cette église, je vous invite à prier pour mon ministère épiscopal et pour ma personne.

Nous prenons conscience que nous sommes appelés à compléter le Corps du Christ par notre totale adhésion à ce Corps pour que vivent à la fois notre communauté locale, notre communauté paroissiale, notre communauté diocésaine. Le diocèse n’est pas simplement une entité administrative, c’est le lieu où le Christ épouse l’Église, c’est le lieu où l’Église se rassemble autour de son pasteur l’évêque.

Nous pourrions comparer la consécration de cette église avec notre propre consécration baptismale. Nous aussi nous sommes le Temple de Dieu : « Le Temple de Dieu est Sacré et ce Temple, c’est vous », nous dit saint Paul. Nous sommes aussi membres de la Cité Sainte, la Jérusalem Nouvelle. Nous avons été plongés dans les eaux du baptême, pour mener cette vie nouvelle d’enfants de Dieu. L’eau qui a touché notre front a été bénie et le chrême consacré durant la messe chrismale, a oint notre front, faisant de nous tous, des prêtres, des prophètes et des rois.

Laissons-nous envahir par ce mystère si profond et essentiel de notre appartenance à la vigne, au Corps du Christ, à la construction du temple de Dieu. C’est là tout le mystère de l’Église : « Le Christ a aimé l’Église et s’est livré pour elle » afin qu’elle vive et répande la vie autour d’elle. Nous sommes donc des messagers de la vie du Christ, des messagers de l’unité de l’Église, des membres du Christ, des membres les uns des autres, manifestant ainsi cette présence du Christ au milieu de nous, car « là où deux ou trois sont rassemblés, à plus forte raison, là où deux mille ou trois mille personnes sont rassemblés en mon nom dit le Christ, je suis au milieu d’eux ». Bonne fête à tous ! Chers frères et sœurs baptisés en Jésus, pierres vivantes, édifiées dans sa maison, précieuses aux yeux de Dieu. Le Seigneur soit avec vous.

+Mgr Aristide GONSALLO

Homélie de l’ordination du 17 Décembre 2016

Frères et sœurs en Christ,

Fils et filles bien-aimés de Dieu,

Aujourd’hui s’ouvre dans l’Eglise la semaine préparatoire à Noël. A partir de ce jour samedi 17 décembre jusqu’au samedi prochain, 24 décembre, nous allons vivre un temps de préparation intense à la venue du Messie. Les grandes antiennes qui sont évoquées chaque jour manifestent l’attente joyeuse et la supplication pleine d’espérance à l’endroit de celui qui va venir : « Viens, Sagesse du très-haut ! Toi qui régis l’univers avec force et douceur, enseigne-nous le chemin de vérité »

C’est avec la généalogie de Jésus dans l’Evangile selon saint Matthieu que s’ouvre cette grande semaine préparatoire à Noël. Déjà dans la première lecture, nous avons entendu la prophétie de Jacob qui rassemble ses enfants et prédit une descendance glorieuse à Judas. Cette généalogie pourrait, dans un premier temps, se révéler à nous comme longue, fastidieuse voire monotone et lassante. Certains esprits distraits auraient pensé qu’il s’agit d’un annuaire téléphonique avec tous les noms des abonnés ou encore de la première page d’une pièce de théâtre avec tous les acteurs mentionnés. Et pourtant, il nous est bon de lire cette généalogie,de l’écouter dans son ensemble car elle veut nous manifester aujourd’hui même le chemin que Dieu a pris pour rejoindre notre humanité non seulement dans ce qu’elle a de plus noble mais aussi et surtout dans ce qu’elle a de plus pauvre et de plus misérable. A quelques jours de la Nativité du Christ, cette généalogie vient nous rappeler et nous confirmer que Dieu s’est inséré et s’est introduit subrepticement dans la pâte humaine, non seulement dans ce qu’elle a de beau mais aussi et surtout dans ce qu’elle a de blessé. Beaucoup parmi les personnes nommées dans cette lignée sont loin d’être des figures nobles et saintes.

Il faut déjà noter qu’il est étonnant de trouver quatre noms de femmes dans cette généalogie exclusivement masculine. La surprise est encore plus grande quand on prend conscience de l’identité de ces quatre femmes aux vies chahutées qui ne se sont pas illustrées par leur sainteté. Elles ont pour noms :Tamar, Rahab, Ruth et Bethsabée. Elles descendent toutes d’unions irrégulières ou imprévues. La première, Tamar, a été assez rusée pour avoir un enfant de son propre beau-père (cf. Gn 38, 1-30) ; la deuxième, Rahab, est une prostituée (cf. Js 2-6) ; la troisième, Ruth, est une païenne venue des terres étrangères (cf. Ruth 4, 12) ; la quatrième, Bethsabée, est la femme adultère de David et la mère de Salomon.Le roi David, père de Salomon, n’hésita pasà jeter son dévolu sur cette femme mariée dont il fit disparaître l’époux en l’envoyant aux premières lignes d’un combat (cf.2 Samuel 11, 15). Ainsi, dans la lignée de Jésus, apparaissent des bons et des mauvais, des fidèles et des lâches. Et pourtant toutes ces femmes suspectées sont au service de la vie. Cette vie de Dieu se transmet à travers ces histoires entortillées et elle arrive jusqu’à Marie. Dieu est venu au milieu de tout ce qui est imparfait, bancal, amoindri, pauvre, pour le faire sien. L’Evangéliste Matthieu nous fait comprendre que Jésus est vrai Homme, qu’il ne part pas de zéro mais qu’il a toute une histoire qui le précède. Quand Dieu se fait Homme, il le fait en assumant toutes les conséquences. Le Fils de Dieu en venant au monde, assume le passé et l’histoire de sa famille. Face à ce Mystère d’Amour qui a conduit le Créateur de toute chose à devenir une petite créature dans une crèche de fortune, nous devrions être tous à la fois émerveillés et impressionnés. Cette page d’évangile nous interpelle et nous dit qu’il est possible pour nous de nous réconcilier avec nos histoires de familles souvent embrouillées afin d’accueillir la grâce du salut à Noël. Et je suis conscient que les familles des prêtres et des ordinands de ce jour ne sont pas épargnées des conflits larvés et des situations familiales marquées de taches que l’on aimerait bien voir disparaître. De temps en temps, relisons à haute voix cette généalogie de Jésus, ajoutons-y la nôtre et invoquons le nom de Jésus Sauveur sur tous ces noms.

Quand nous lisons et entendons cette généalogie du Christ, nous sommes immédiatement saisis par la rupture qui en marque la fin. Cette généalogie achève le temps des longues préparations et elle ouvre le temps de l’accomplissement comme nous l’avons entendu : « Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle fut engendré Jésus que l’on appelle Christ ». Le mot « engendra », longuement répété, disparaît brusquement à propos de Joseph dont il est dit qu’il n’engendra pas Jésus. Mais, il est dit de Joseph qu’il est l’époux de Marie « de laquelle fut engendré Jésus ».Joseph a eu pour rôle d’insérer Jésus dans la descendance de David et de vivre avec Marie un amour authentique tout en assumant la paternité d’un enfant qui n’était pas le sien. Le rôle de Joseph l’a conduit à être responsable d’une famille qui était à la fois une famille comme toute autre mais aussi une famille différente des autres.Par Joseph, Jésus se situe dans l’histoire selon le droit. Selon la chair, il est fils de la seule Marie. Le mystère du Christ est, d’emblée, pressenti. L’intérêt de l’Evangile de saint Mathieu est de montrer l’enracinement humain du Christ. Jésus Christ est vraiment un homme né d’une ascendance humaine. Mais sa naissance comporte un fait exceptionnel : sa mère n’a pas connu l’intervention d’un homme. Par ailleurs, l’appartenance juridique de Jésus à une lignée de son peuple est affirmée par Joseph, époux de Marie. Il a droit au titre de fils de David.

Cet évangile nous donne l’occasion de demander à saint Joseph, l’humble charpentier de Nazareth qui aima si tendrement la Vierge Marie et qui fut pour Jésus un éducateur vigilant, de veiller sur nous et de nous apprendre à entrer silencieusement et amoureusement dans le Mystère de Noël, le Mystère du Dieu fait Homme. C’est aussi l’occasion de nous laisser entraîner par le silence de saint Joseph. Nous savons combien nous avons tant besoin du silence dans notre monde trop souvent bruyant et dominé pas un usage immodéré des technologies de l’information et de la communication qui ne favorisent guère le recueillement et l’écoute de la voix de Dieu. En ces temps de préparation à Noël, cultivons le recueillement intérieur, pour accueillir Jésus dans notre vie. La relecture et la méditation de la généalogie de Jésus supposent des dispositions pratiques dans notre vie de tous les jours à commencer par le regard que nous portons sur ceux et celles que nous considérons comme des exclus de nos familles. Quand nous désirons écrire notre histoire officielle, quand nous voulons établir notre arbre généalogique, nous le faisons en choisissant les pages les plus nobles. Mais avec la généalogie de Jésus, nous avons le cas unique, celui d’un peuple dont l’histoire officielle ne cache les péchés de ses ancêtres. Et ce peuple, aujourd’hui, c’est l’Eglise qui est ouverte à tous, sans distinction de race, de langue, de peuple, de culture. C’est à cette ouverture que nous invite le pape François dans son exhortation apostolique Evangelii Gaudium (la Joie de l’Evangile) : « L’Église est appelée à être toujours la maison ouverte du Père. Un des signes concrets de cette ouverture est d’avoir partout des églises avec les portes ouvertes. […] Mais il y a d’autres portes qui ne doivent pas non plus se fermer. Tous peuvent participer de quelque manière à la vie ecclésiale, tous peuvent faire partie de la communauté, et même les portes des sacrements ne devraient pas se fermer pour n’importe quelle raison. […] Ces convictions ont aussi des conséquences pastorales que nous sommes appelés à considérer avec prudence et audace. Nous nous comportons fréquemment comme des contrôleurs de la grâce et non comme des facilitateurs. Mais l’Église n’est pas une douane, elle est la maison paternelle où il y a de la place pour chacun avec sa vie difficile » (§ 47).

Si avec la généalogie de Jésus et selon notre vision de l’Eglise, personne ne devrait être exclu, il revient en premier aux pasteurs, aux agents pastoraux notamment les prêtres d’être des témoins de cette ouverture. Aussi voudrais-je m’adresser en particulier aux ordinands de ce jour. Chers fils, Constant, Jules, Romaric, Damien, Pius, Thierry, Jonas, Macaire, Abraham, Gédraque, le Seigneur vous fait la grâce de vous appeler à son saint service. Merveille de la grâce, le Seigneur confie à des hommes les secrets du Père. Comme dans la généalogie de Jésus, vous avez aussi des situations particulières dans vos familles respectives. Tout comme Jésus, vos généalogies ne sont pas des « dossiers immaculés ». Chaque situation familiale irrégulière et tourmentée doit être accueillie et considérée avec miséricorde. On ne choisit pas sa famille. On ne choisit pas ses parents, on les reçoit simplement de Dieu comme une grâce. Vous-mêmes, vous avez été choisis et pourtant, vous êtes pécheurs. Miserando atque eligendo !

Dieu est allé jusque dans les bas-fonds de votre humanité capable à certains moments de fermer les yeux, de rejeter et d’exclure. Oui, vous faites partie des premiers bénéficiaires de la miséricorde de Dieu qui vous fait grâce. A votre tour, maintenant de faire grâce. Et ceci m’amène à partager avec vous la réflexion d’un prêtre dans un livre intitulé :Au diable la tiédeur. Debout les prêtres et les passionnés du Christ. Il écrit ceci : « La parabole de la poutre et de la paille devrait être gravée sur le front du prêtre au jour de son ordination pour que l’esprit de critique auquel il est particulièrement sujet lui soit rappelé sans cesse par les fidèles et infidèles. Ainsi, au dernier jour sera-t-il sauvé ».En méditant la parabole de la paille et de la poutre, vous comprenez qu’il ne vous revient pas d’exclure les uns et les autres ni de la généalogie de Jésus ni de l’Eglise. : « Il n’y a devant Dieu aucune catégorie ou hiérarchie d’homme, inférieur ou supérieur, dominant ou protégé. Il n’y a pour Lui que l’homme qu’Il a créé par Amour et qu’Il veut voir vivre, en famille et en société, dans une harmonie fraternelle ». (Pape Benoit XVI). Dieu vous a fait miséricorde en prenant votre nom. A votre tour de faire miséricorde pour faire entrer le peuple de Dieu dans la généalogie de Jésus.

Vous qui allez devenir prêtres dans un instant par imposition de mes mains, le Seigneur prend votre nom pour le faire devenir son propre nom de famille. Par son incarnation, le Seigneur a fait l’histoire avec l’humanité et il trouve la plénitude de sa joie en partageant sa vie avec vous, futurs prêtres. Dieu vous appelle par votre nom malgré votre état d’indignité et de pécheurs. Comme avec les pécheurs mentionnés dans la généalogie de Jésus et qui n’ont pas su répondre au projet que Dieu avait conçu pour eux, Dieu est aussi avec vous. Voilà ce qui est beau : Dieu fait histoire avec vous. Quand Dieu décline son identité, il affirme : « Je suis le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ».Voilà pourquoi à la question : « Quel est le nom de famille de Dieu ? », il est possible de répondre : « C’est vous, chacun de vous. Il prend votre nom pour en faire son nom de famille ». Ainsi, dans cette famille, on ne trouve plus seulement les noms de nos pères dans la foi, mais aussi vos noms respectifs : « Je suis le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob, de Jules Djanta, de Constant Bodjrènou, de Romaric Bonou, de Damien Menou, de Pius Zoclanclounon, de Thierry Abé, de Jonas Chacha, de Macaire Alohoutade, d’Abraham Padonou, de Gédraque Aoulou, de chacun de vous. C’est de vous qu’il prend son nom de famille. Le nom de famille de Dieu est chacun de vous. Votre sainteté consistera précisément à laisser le Seigneur écrire votre histoire. Tel est le vœu de Noël que je désire formuler pour chacun de vous. Ce vœu est une invitation à ouvrir au Seigneur votre cœur de prêtre. Faites en sorte que le Seigneur écrive l’histoire pour chacun de vous, et surtout faites en sorte que vous le laissiez écrire votre histoire.

Et comment cela se fera-t-il ? C’est bien évidemment dans le respect du sacré dont vous devenez ministres, ce sacré que Dieu habite et dont il fait sa demeure. Aussi voudrais-je vous laisser quelques conseils en matière de respect du sacré pour que le Seigneur puisse vous aider à écrire votre propre histoire.Vous qui allez devenir ministres de l’eucharistie réveillez en vous le don de Dieu.Je n’ai rien d’autre à vous transmettre en ce moment précis que la confidence d’un prêtre. A la question suivante : « Sur quoi veillez-vous en préparant l’Eucharistie ? » il répond : Je veille ! « Sur tout. A commencer par l’âme du prêtre qui doit prendre conscience avant la messe de son état de pécheur et de la nécessité pour lui d’être soutenu par le Ciel. […]. Je veille sur le silence qui doit envelopper l’assemblée avant l’entrée du célébrant ; je veille à la qualité musicale et aux paroles des chants ; j’exige beaucoup des organistes dont le jeu doit se maintenir en accord parfait avec le célébrant […]. Je veille sur la beauté des ornements ; je veille sur l’aube du prêtre qui doit être immaculée et parfaitement repassée ; je veille sur la propreté de mes mains ; je veille sur mes chaussures, qu’elles soient cirées parfaitement ; je veille à changer tous les jours le purificatoire, le manuterge et l’amict ; je veille sur la netteté des nappes ; je veille à ce que les livres et les rituels soient recouverts des couleurs liturgiques […]. Je veille sur la brillance des vases sacrés et des chandeliers ; je veille sur la blancheur des hosties […] ; je veille sur la sonorisation, sur les lumières, sur la diction des lecteurs, sur l’inclination qu’ils doivent offrir à Dieu en montant dans le chœur ; je veille sur le service de l’autel, sur la profondeur et la foi des […] servants d’autel […]. Je veille dès le début de la messe à ne prononcer aucune parole qui ne soit présente dans le missel […]. Je veille comme un lion sur la consécration, qui est le cœur du mystère, en ralentissant à mort lors de la transsubstantiation ; je veille à ce que les concélébrants éventuels n’élèvent pas la voix durant le canon afin de ne pas servir la discordance ; je veille aux génuflexions que le missel impose au prêtre en tâchant de les habiter ; je veille à ce que les fidèles eux-mêmes se mettent à genoux durant la prière eucharistique […]. Je veille sur l’ampleur de la bénédiction finale chargée de grâces […] Je veille sur les milliers de mains que je serre sur le parvis de l’église [bien sûr après un temps d’action de grâce devant le saint sacrement] »

Chers fils, Constant, Jules, Romaric, Damien, Pius, Thierry, Jonas, Macaire, Abraham, Gédraque, en appréhendant la délicatesse et la noblesse de l’exercice du sacré dans le ministère qui vous sera confié, avez reconnu vous-mêmes votre fragilité comme un vase d’argile à la suite de saint Paul dans la deuxième lecture de ce jour. A condition d’être bien orienté vers une source de lumière, un miroir peut éclairer un coin sombre. Il en est de même de saint Paul. C’est parce qu’il contemplait la gloire du Seigneur que Paul réfléchissait fidèlement autour de lui chaque rayon qu’il recevait. Paul n’était que le pauvre vase de terre, sans valeur propre, dans lequel le trésor est contenu. Les bijoutiers savent qu’un écrin trop luxueux tend à éclipser le joyau qui y est enfermé. Car si Paul, l’instrument de Dieu, le vase de Dieu s’était fait remarquer par de brillantes qualités humaines, il aurait attiré l’attention sur lui aux dépens du trésor qu’il portait, aux dépens de Dieu lui-même. Ainsi, à la suite de Paul, vous-mêmes indignes serviteurs, dans l’affliction et les épreuves du ministère presbytéral, vous devenez ce vase fragile qui se dépouille pour que Jésus-Christ soit manifesté. Vos épreuves contribueront à vous dépouiller de tout éclat personnel pour que brille d’autant plus le trésor qu’est Jésus-Christ, celui dont vous n’êtes en quelque sorte que le pied de lampe.

Vases d’argile certes, mais vous revêtirez le Christ au cours de cette messe d’ordination avec la chasuble qui vous sera remise dans un instant (cf. Ga 3, 27). En célébrant chaque jour l’eucharistie, vous êtes invités à vous revêtir du Christ et à grandir avec lui. Imitamini quod tractatis, imitez ce que vous célébrez. Si saint Paul évoque dans le même sens les sentiments de miséricorde, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience dont vous devez vous revêtir (cf. Col 3, 12), prenez conscience qu’il ne s’agit pas de revêtir un vêtement de cérémonie pour vous distinguer de vos semblables. Il s’agit pour vous de grandir dans l’habit du Christ, de refléter dans toute votre existence l’amour et la gloire du Christ. En revêtant ce nouveau vêtement qu’est la chasuble, vous laissez Dieu prendre possession de vous. Mais, souvenez-vous qu’au cours du lavement des pieds, Jésus dépose les vêtements de sa gloire pour ceindre le tablier des esclaves (cf. Jn 13, 4). Mais à sa résurrection, Dieu l’a revêtu de l’habit de gloire et d’éternité. De même vous aussi, pour la célébration de la messe, vous porterez le vêtement lumineux de la résurrection, mais, après la célébration eucharistique, vous l’enlèverez à nouveau pour faire effectivement, comme Jésus, l’expérience de servir vos frères et sœurs et concrètement de leur laver les pieds.

Chers fils, Constant, Jules, Romaric, Damien, Pius, Thierry, Jonas, Macaire, Abraham, Gédraque, permettez-moi d’achever cette homélie par une adresse à l’endroit de vos familles de sang, de vos parents présents ou absents, qui ont contribué d’une manière ou d’une autre à votre formation à divers niveaux. Je voudrais me faire le devoir de les saluer en ce moment même pour la mission et le témoignage qu’ils donnent. Nous le savons bien, la famille chrétienne est le premier terrain dans lequel les semences de vocations peuvent germer et se développée.J’appelle sur vos familles la bénédiction du Seigneur. Puissent les grâces de l’Emmanuel se répandre sur chacun d’eux.

Je salue également tous vos formateurs de séminaire et toutes les personnes qui, en dehors de vos familles de sang, vous ont soutenu pour guider vos pas jusqu’à ce jour. Je n’oublie pas les prêtres, vos curés respectifs qui ont su discerner votre vocation de même que les différents curés de stage diaconal qui ont joué un précieux rôle d’accompagnateurs, d’aînés et de pères.Je voudrais aussi en votre nom et en mon nom personnel remercier le Père Georges Oloudé qui a accepté bien librement d’assurer votre retraite préparatoire au ministère presbytéral comme une voie de sainteté. Daigne le Seigneur qui vient à Noël féconder davantage le ministèredes uns et des autres.

Chers fils, Constant, Jules, Romaric, Damien, Pius, Thierry, Jonas, Macaire, Abraham, Gédraque,tout en vous formulant mes meilleurs vœux pour un Joyeux Noël, une sainte année 2017 et surtout un fructueux ministère presbytéral, en cette circonstance heureuse et bénie, je vous le demande à vous qui allez recevoir la grâce sacerdotale dans sa fraîcheur : s’il vous plaît, s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi. Amen.

Mgr Aristide GONSALLO

Homélie du 1er anniversaire d’ordination épiscopale

Frères et sœurs en Christ, L’annonce à Zacharie ouvre le récit « des événements qui se sont accomplis parmi nous » et dont saint Luc présente « un exposé suivi, afin que nous puissions nous rendre compte de la solidité des enseignements que nous avons reçus » (Lc 1, 3-4).Dieu fait irruption dans la vie des hommes et provoque de profonds bouleversements. Zacharie et Elisabeth, les parents de Jean-Baptiste, qui « vivaient tous les deux comme des justes devant Dieu », en font l’expérience comme en témoigne cette annonciation que nous rapporte l’Evangile de ce jour. Dans le Temple de Dieu, la parole prophétique qui chemine en Israël, va se manifester à nouveau après des siècles de silence, car « Dieu s’est souvenu » - c’est la signification du nom de Zacharie (Dieu s’est souvenu) - de son Alliance, dont il prépare l’accomplissement.

Voici donc que l’ange Gabriel, le messager de Dieu vient apporter une nouvelle inédite. Mais Zacharie avait-il une excuse de douter ?En effet, Zacharie, c’est l’homme désigné par le sort pour aller offrir de l’encens dans le Saint des Saints. Il connaît la grâce du lieu où il se trouve et le témoignage des Écritures. Il sait comment Dieu est intervenu tout au long de l’histoire de multiples manières. S’il est un homme qui devrait être prêt à recevoir une grande promesse, c’était bien lui Zacharie.Et pourtant, il doute. Il ne croit pas. Bien qu’il ait mis en pratique tous les commandements, au moment d’exprimer sa foi, il doute. Nous pouvons nous aussi nous interroger. Nous aussi, nous nous trouvons dans la maison de Dieu. Bien plus, nous sommes la Maison de Dieu. Nous nous adressons à lui par de nombreuses prières, mais, n’avons-nous pas la même réaction que celle de Zacharie quand le Seigneur nous demande quelque chose de particulier voire d’impossible à nos yeux ?

Les épreuves, la longue attente, la lassitude ont eu raison de l’espérance de Zacharie qui, sans se l’avouer, ne croit plus vraiment en une possible intervention divine libératrice. Il connaît suffisamment les Écritures pour savoir que la venue du Messie devait être annoncée par le ministère d’un prophète sur qui reposerait « l’esprit et la puissance d’Elie, pour convertir les rebelles et préparer au Seigneur un peuple capable de l’accueillir » ; mais comment ce prophète pourrait-il naître d’un couple « avancé en âge et stérile » ? La stérilité n’était-elle pas le signe de la réprobation divine pour quelque faute cachée ? Comment Dieu aurait-il pu choisir pour un ministère si glorieux un vieillard et son épouse qui avaient tous deux déjà un pied dans la tombe ? Zacharie renvoie poliment l’Ange Gabriel à l’incohérence de son discours. La réponse de l’ange ne tarde pas à jaillir : « Puisque ton cœur n’accueille pas dans la foi le message de grâce que je t’apporte de la part de Dieu, tes lèvres se fermeront afin de t’éviter de débiter des considérations humaines sur une intervention divine qui sera authentifiée par son fruit. Le jour où se réalisera l’événement que je suis chargé de t’annoncer, ta bouche s’ouvrira pour proclamer les louanges de celui à qui rien n’est impossible ».

Oui, Zacharie pensait que son âge et la condition de son épouse qui était stérile empêcheraient Dieu d’exécuter son plan. Il sous-estimait la puissance de Dieu. Dieu n’est pas limité, c’est l’homme qui est limité et qui donne des limites à Dieu. Tout au long des Ecritures, Dieu fait appel à des hommes que nul ne pouvait soupçonner : Moïse qui s’effraie devant Pharaon, Jérémie qui était trop jeune, Pierre peu instruit, Paul le persécuteur des chrétiens et moi aujourd’hui, pauvre Aristide, que Dieu appelle malgré mon indignité : miserando atque eligendo. « Moi je suis né dans la faute, j’étais pécheur dès le sein de ma mère. Et tu voudrais au fond de moi la vérité ? Dans le secret tu m’apprendrais la sagesse ? » (Ps 50, 8) »Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, ceux que Dieu appelle permettent à Dieu de se servir d’eux pour réaliser son plan de salut. Par conséquent, avons-nous des excuses pour ne pas répondre à l’appel de Dieu ? Oserons-nous mettre en avant notre âge plus ou moins avancé, nos capacités intellectuelles limitées, nos faiblesses de la chair, nos peurs, nos insuffisances et nos limites ?Die nous appelle tous à répondre à notre vocation quelles que soient nos limites. Il a appelés les douze apôtres malgré leur état de pécheurs et leur a simplement demandé de se laisser former par lui en s’abandonnant entre ses mains. Aujourd’hui encore Dieu continue de frapper à la porte des pécheurs que nous sommes. Il appelle encore des Zacharie et des Jean-Baptiste au milieu de nous. Au nom de notre foi, ouvrons-lui la porte, laissons-le entrer.

Si, dans le Temple, au cœur de la liturgie et devant l’autel du Seigneur, Zacharie n’a pas immédiatement mesuré toute l’ampleur de l’événement, à l’inverse, le peuple de Dieu qui se tenait à l’extérieur était en prière. C’est dans cette ambiance de la prière que la foule comprit que Zacharie avait eu une vision dans le sanctuaire. Comme Zacharie, nous sommes dans le Temple, aujourd’hui l’église, pour la liturgie d’action de grâce de ce jour. Nous connaissons peut-être même par cœur tout le déroulement de la liturgie. Mais, comme Zacharie, nous pouvons aussi manquer le rendez-vous de Dieu par manque de disponibilité intérieure. Il nous faut alors prêter attention. Il nous faut nous joindre à la foule en prière, à l’assemblée de l’Eglise qui attend avec ferveur l’accomplissement des promesses, pour le rendez-vous de Noël que Dieu nous donne pour réaliser sa promesse de salut.

En contemplant les figures d’Elisabeth et de Zacharie, nous saisissons l’occasion pour prier avant tout pour tous les baptisés en vue de l’accomplissement de leur vocation baptismale. C’est aussi l’occasion de prier pour les vocations particulières pour tous les états de vie, d’abord pour ceux qui ont choisi la vocation à la vie matrimoniale. Je salue toutes les familles de notre diocèse qui vont se réunir sous la bannière de l’Action Catholique des Familles le 31 décembre prochain. Je prie pour tous les parents, pour tous les couples afin qu’ils soient heureux de leurs enfants et qu’ils soient conscients de leur rôle éducatif qui s’enracine avant tout dans le témoignage des parents et leur mode de vie.

Et puisque c’est du terreau familial que naissent d’autres vocations, c’est également l’occasion de prier pour ceux qui ont opté pour la vie consacrée et que je salue dans cette assemblée. A l’image de Zacharie d’une part et de Jean-Baptiste d’autre part, qu’ils puissent servir le Seigneur dans son Temple, jour et nuit, sans redouter les adversités de tout genre. C’est également l’occasion de prier pour ceux qui ont choisi de vivre le célibat sacerdotal dans l’exercice du ministère presbytéral. Je pense notamment à tous les prêtres de notre diocèse en particulier ceux qui viennent d’être ordonnés. Comme Jean-Baptiste, qu’ils marchent devant Dieu et en présence de Dieu tout au long de nos jours. Chers frères prêtres, je vous renouvelle encore aujourd’hui toute ma confiance et mon affection devant l’œuvre immense que vous accomplissez sous le regard de Dieu.

Je voudrais maintenant oser glisser une petite demande à l’endroit de vous tous, celle de prier pour moi en ce jour anniversaire de mon ordination épiscopale. Je voudrais encore une fois demander aux prêtres de me porter dans leur prière chaque fois qu’ils mentionnent le nom de l’évêque au cours de la célébration eucharistique. Que ce soit toujours avec affection et sincérité de cœur comme ils le font toujours. Je vous demande à vous les fidèles de prier aussi pour moi. Aux parents, je voudrais surtout demander la prière de leurs petits enfants pour moi car, en raison de leur innocence, Dieu écoute favorablement la prière des petits. Je demande aussi à ceux qui exercent un apostolat dans nos prisons, nos hôpitaux et nos centres de santé de demander aux pensionnaires et aux malades de prier pour moi car c’est la prière du pauvre et du faible qui monte si vite vers Dieu. Grâce à vos prières, non seulement cette liturgie de l’Avent, mais aussi la liturgie de toute ma vie au service du diocèse de Porto-Novo me fera réentendre cette parole : « sois sans crainte, Aristide ». Puissé-je laisser cette parole m’habiter pour traverser mes peurs et pour m’ajuster dans la confiance à la volonté de Dieu. S’il vous plaît, s’il vous plaît, priez pour moi.

Le Seigneur soit avec vous.

Mgr Aristide GONSALLO

19 décembre 2015 – 19 décembre 2016 ! Que le nom du Seigneur soit béni.

Avant tout propos, permettez-moi d’exprimer toute mon action de grâce au Seigneur qui m’a appelé à le servir et à servir son Eglise dans le diocèse de Porto-Novo. Je lui rends grâce pour tout ce qu’il fait pour l’Eglise de Porto-Novo et son pasteur mais surtout pour ce qu’il est pour l’Eglise de Porto-Novo. J’ai pris conscience au jour le jour que Dieu est là, présent dans le quotidien, sans bruit, pour que son règne avance dans l’intérêt de tous. Je bénis le Seigneur pour les hommes et les femmes, les chrétiens catholiques ou non, qu’il a mis sur les chemins de mon ministère pour que son Règne vienne. Je prends conscience des mon indignité devant l’immensité de la tâche et je m’écrie à la suite de Bède le Vénérable, repris par le pape François : miserando atque eligendo, misérable et pourtant appelé. C’est le regard que je porte sur ma personne et sur les collaborateurs que le Seigneur me donne pour accomplir son œuvre.

J’ai d’abord pris le temps de reconnaître l’immense travail abattu par mes prédécesseurs (Boucheix, Mensah, Agboton, Ehuzou, Gnambodè) dans l’annonce de l’Evangile et l’enracinement de la foi. Chacun d’eux a apporté sa note particulière en demeurant à l’écoute de l’Esprit-Saint. A leur suite, j’ai voulu encourager et consolider l’unité du peuple de Dieu. Et la collaboration des prêtres en termes de fraternité dans le Christ y contribue efficacement.

L’administration des sacrements est l’occasion de relever le défi de la foi pour lequel je me suis engagé il y a un an. Le syncrétisme et l’absence de foi sont à nos portes sinon dans les cœurs. La faiblesse humaine, morale, psychologique entame la foi des fidèles.

Je nourris de plus en plus en moi cette conviction du psalmiste : « Le Seigneur fait tout pour moi. Eternel est son amour » (Ps 137, 8). Oui, c’est le Seigneur qui m’a donné dès le lendemain de Pâques de commencer par administrer le sacrement de la confirmation à travers tout le diocèse. Ce « marathon des confirmations » a duré quatre mois à raison de quatre à six confirmations par semaine avec en moyenne une cinquantaine de confirmands par paroisse. Le nombre de confirmands varie régulièrement entre 2 et 172 sur toutes les 82 paroisses du diocèse réparties en seize doyennés. Quelle joie pour le pasteur de trouver des fidèles heureux de vivre leur foi !

C’était aussi l’occasion de faire l’expérience du dialogue interreligieux car nos fidèles et leurs curés n’hésitaient pas à inviter des non chrétiens au nom des rapports qui sont tissées entre les familles dans les villages. J’ai vécu de très belles expériences dans les cités lacustres où les fidèles m’ont accueilli à la berge pour m’emmener avec leurs barques motorisées avec des chants, des danses artistiques et des acrobaties sur l’eau. Venise n’est pas loin !

Après les confirmations, le Seigneur m’a donné de présider les premiers rites d’admission et les ministères pour nos séminaristes puis les ordinations. C’était des moments d’intense émotion pour le peuple de Dieu et pour moi-même. Ainsi, le 6 aout, certains de nos séminaristes ont été admis comme candidats officiels au ministère presbytéral avec la prise de soutane. D’autres ont été institués lecteurs et/ou acolytes. Le 15 août, j’ai ordonné 13 diacres et 7 prêtres que j’appelle affectueusement « mes fils aînés dans le sacerdoce ». Les ordinations du samedi dernier 17 décembre 2016 en présence de Mgr GNOMHOSSOU, ont permis d’accueillir 10 nouveaux prêtres dans le champ du Seigneur. Merveille de la grâce, le Seigneur confie à des hommes les secrets du Père.

Le Seigneur envoie toujours des ouvriers pour sa moisson à travers les agents pastoraux en l’occurrence les religieuses des congrégations missionnaires mais aussi autochtones dont j’ai reçu les vœux comme professes temporaires ou professes perpétuelles (Présence et vie, SARC, SSA, Sœur de Saint Gérard, Sœur de Marie de la Médaille Miraculeuse, SMMI).

Le Seigneur nous a également donné de consacrer deux églises majestueuses à six semaines d’intervalles (Saint Pierre et Saint Paul, Sainte Anne). Les célébrations ont été rehaussées par la présence d’autres évêques que j’ai invités et qui ont répondu favorablement. Il faut dire que le déplacement valait la peine au nom de la communion entre nos Eglises et du fait que ces consécrations étaient très attendues. Ce sont de longues années de travail et d’effort qui ont connu leur aboutissement.

Dans la mise en pratique du programme d’année pastorale, je voudrais aussi dire que nous avons suivi les recommandations du Pape François dans la Bulle d’indiction Misericordiae Vultus. Dans le cadre de l’année du Jubilé de la Miséricorde divine, nous avons vécu de grandes célébrations jubilaires avec les prêtres, les religieux et religieuses, les élèves et les enseignants des écoles catholiques, les militaires et paramilitaires. En octobre, nous avons célébré le jubilé des malades et personnes handicapées et en novembre, le jubilé des prisonniers. Il faut dire qu’il y a aussi des pèlerinages paroissiaux ou par doyennés avec passage de la Porte Sainte. La clôture du Jubilé s’est déroulée dans les conditions idéales voulues par le Seigneur et consignées dans la Bulle d’indiction.

Enfin, nous avons inauguré la nouvelle année pastorale le 4 octobre dernier et nous avons choisi un thème d’année libellé comme suit : « Eglise-famille de Dieu à Porto-Novo, réveille en toi le don de Dieu ». Afin que ce thème ne reste pas un vœu pieux, des orientations pratiques ont été prises dès le commencement de la nouvelle année liturgique avec le temps de l’Avent. Il revient aux agents pastoraux, prêtres, religieux, religieuses, laïcs engagés de faire entrer le peuple de Dieu dans l’esprit de la pastorale diocésaine. Nous voulons vivre dans cette unité d’esprit que l’Eglise famille de Dieu à Porto-Novo s’est constituée par amour de Dieu pour nous. Nous voulons prendre conscience de notre identité originale et originelle avec l’engagement de réveiller en nous les dons de l’Esprit Saint afin de constituer une vraie famille de Dieu.

Je reste attentif et sensible aux besoins des populations en matière de soins de santé primaire avec nos structures sanitaires. Je n’oublie pas non plus la formation permanente des prêtres et les sessions de formations des catéchistes qui jouent un rôle important dans notre Eglise locale. Le Seigneur est à l’œuvre et je lui rends grâce. C’est le Maître qui conduit la barque.

Je voudrais encore une fois me remettre entièrement entre les mains du Seigneur pour les défis majeurs à relever comme l’attention aux marginalisés, aux enfants, aux malades dont la foi est sujette à tous les vents contraires de ce monde. Il s’agit de rejoindre ceux qui sont à « la périphérie de l’existence », tout en entraînant les plus pourvus vers les indigents. Puissé-je me laisser conduire par lui. Aussi voudrais-je me recommander à vos prières. Je le dis et je le redis à tous les lecteurs à la suite du pape François : s’il vous plaît, priez pour moi.

Mgr Aristide GONSALLO

Interview de Mgr Aristide GONSALLO, au lendemain de son 1er anniversaire d’ordination épiscopale

« Le Seigneur fait tout pour moi.

Éternel est son amour » (Ps 137, 8).

Au lendemain de la célébration de son premier anniversaire épiscopal, le lundi 19 décembre 2016, son Excellence Monseigneur Aristide GONSALLO, Evêque de Porto-Novo, a bien voulu accorder à votre journal, un entretien exclusif. A cœur ouvert, il livre ses impressions, son regard sur le chemin parcouru et ses espoirs pour l’avenir.

1°) Père évêque, 19 décembre 2015 – 19 décembre 2016 ! Voici déjà un an que vous assumez la charge épiscopale du Diocèse de Porto-Novo. Quels sont vos impressions et les sentiments qui vous animent ?

Avant tout propos, permettez-moi d’exprimer toute mon action de grâce au Seigneur qui m’a appelé à le servir et à servir son Eglise dans le diocèse de Porto-Novo. Je lui rends grâce pour tout ce qu’il fait pour l’Eglise de Porto-Novo et son pasteur mais surtout pour ce qu’il est pour l’Eglise de Porto-Novo. J’ai pris conscience au jour le jour que Dieu est là, présent dans le quotidien, sans bruit, pour que son règne avance dans l’intérêt de tous. Je bénis le Seigneur pour les hommes et les femmes, les chrétiens catholiques ou non, qu’il a mis sur les chemins de mon ministère pour que son Règne vienne. Je prends conscience des mon indignité devant l’immensité de la tâche et je m’écrie à la suite de Bède le Vénérable, repris par le pape François : miserando atque eligendo. Ces mots, tirés d’une homélie de Saint Bède le Vénérable en hommage à la miséricorde divine, signifient « Choisi parce que pardonné ». Cette devise se réfère précisément à la conversion de Saint Matthieu. Elle fait allusion au moment où Jésus, selon la tradition évangélique, choisit comme un des douze apôtres Matthieu, qui est un collecteur d’impôt, mal vu de la population mais repentant. Misérable et pourtant appelé. Voilà le regard que je porte sur ma personne et sur les collaborateurs que le Seigneur me donne pour accomplir son œuvre.

2°) Père évêque, qu’est-ce qui vous a marqué tout au long de cette première année d’épiscopat ? Pourriez-vous partager avec nous quelques grands axes de la pastorale diocésaine en matière d’administration des sacrements par exemple ?

J’ai d’abord pris le temps de reconnaître l’immense travail abattu par mes prédécesseurs dans l’annonce de l’Évangile et l’enracinement de la foi. Chaque pasteur a apporté sa note particulière en demeurant à l’écoute de l’Esprit-Saint. A leur suite, j’ai voulu encourager et consolider l’unité du peuple de Dieu. Et la collaboration des prêtres en termes de fraternité dans le Christ y contribue efficacement. L’administration des sacrements est l’occasion de relever le défi de la foi pour lequel je me suis engagé il y a un an. Le syncrétisme et l’absence de foi sont à nos portes sinon dans les cœurs. La faiblesse humaine, morale, psychologique entame la foi des fidèles. Je nourris de plus en plus en moi cette conviction du psalmiste : « Le Seigneur fait tout pour moi. Eternel est son amour » (Ps 137, 8). Oui, c’est le Seigneur qui m’a donné dès le lendemain de Pâques de commencer par administrer le sacrement de la confirmation à travers tout le diocèse. Ce « marathon des confirmations » a duré quatre mois à raison de quatre à six confirmations par semaine avec en moyenne une cinquantaine de confirmands par paroisse. Le nombre de confirmands varie entre 2 et 172 sur toutes les 82 paroisses du diocèse réparties en seize doyennés. Quelle joie pour le pasteur de trouver des fidèles heureux de vivre leur foi ! C’était aussi l’occasion de faire l’expérience du dialogue interreligieux car nos fidèles et leurs curés n’hésitaient pas à inviter des non chrétiens au nom des rapports qui sont tissées dans les familles au village. J’ai vécu de très belles expériences dans les cités lacustres où les fidèles vous accueillent à la berge pour vous emmener avec leurs barques motorisées avec des chants, des danses artistiques et des acrobaties sur l’eau. Venise n’est pas loin !

Après les confirmations, le Seigneur m’a donné de présider les premiers rites d’admission et les ministères pour nos séminaristes puis les ordinations. C’était des moments d’intense émotion pour le peuple de Dieu et pour moi-même. Ainsi, le 6 aout, certains de nos séminaristes ont été admis comme candidats officiels au ministère presbytéral avec la prise de soutane. D’autres ont été institués lecteurs et/ou acolytes. Le 15 août, j’ai ordonné 13 diacres et 7 prêtres que j’appelle affectueusement « mes fils aînés dans le sacerdoce ». Les ordinations suivantes ont eu lieu le samedi 17 décembre dernier. Il s’agit des dix nouveaux prêtres qui ont fait le stage diaconal que j’ai rétabli dans le diocèse. Merveille de la grâce, le Seigneur confie à des hommes les secrets du Père.

3°) Père évêque, et la vie consacrée ?

Le Seigneur envoie toujours des ouvriers pour sa moisson à travers les agents pastoraux en l’occurrence les religieuses des congrégations missionnaires mais aussi autochtones dont j’ai reçu les vœux comme professes temporaires ou professes perpétuelles. Je voudrais ici mentionner les instituts religieux dont les sœurs ont émis leurs vœux temporaires : les Servantes de l’Amour Rédempteur du Christ (SARC) ; Présence et Vie ; les Sœurs de Saint Gérard, les Sœurs de Marie de la Médaille Miraculeuse (SMMM) et les Sœurs de Saint Augustin (SSA). Je voudrais également mentionner les Instituts dans lesquels les religieuses ont émis leurs vœux perpétuels : SARC, SMMM, Sœurs de Saint Gérard, et les Sœurs Missionnaires de Marie Immaculée (SMMI). Tant de motifs d’action de grâce au Seigneur.

4°) Au cours de cette première année de votre ministère, vous avez eu à consacrer des églises paroissiales !

Oui, le Seigneur nous a également donné de consacrer deux églises majestueuses à six semaines d’intervalles dans la ville Porto-Novo : l’église saint Pierre et saint Paul et l’église sainte Anne d’Attakè. Les célébrations ont été rehaussées par la présence d’autres évêques que j’ai invités et qui ont répondu favorablement. Je voudrais ici volontiers saluer la présence à la première consécration de Mgr Martin Adjou, évêque de N’Dali. A la deuxième célébration, nous avons eu la joie d’accueillir Mgr Antoine Ganyé, archevêque émérite de Cotonou, Mgr Pascal N’Koué, archevêque de Parakou, Mgr Victor Agbanou, évêque de Lokossa et Mgr Paul Vieira, évêque de Djougou. Il faut dire que le déplacement valait la peine au nom de la communion entre nos Eglises et du fait que ces consécrations étaient très attendues. Ce sont de longues années de travail des missionnaires et bâtisseurs et de tant d’effort qui ont connu un heureux aboutissement.

5°) Comment avez-vous vécu et mis en œuvre le Jubilé de la Miséricorde dans votre diocèse ?

Je voudrais tout simplement dire que nous avons suivi les recommandations du Pape François dans la Bulle d’indiction Misericordiae Vultus. Dans le cadre de l’année du Jubilé de la Miséricorde divine, nous avons vécu de grandes célébrations jubilaires avec les prêtres, les religieux et religieuses, les élèves et les enseignants des écoles catholiques, les militaires et paramilitaires. En octobre, nous avons célébré le jubilé des malades et personnes handicapées et en novembre, le jubilé des prisonniers. Il faut dire qu’il y a aussi des pèlerinages paroissiaux ou par doyennés avec passage de la Porte Sainte. La clôture du Jubilé s’est déroulée dans les conditions idéales voulues par le Seigneur et consignées dans la Bulle d’indiction.

Maintenant que la Porte Sainte est fermée, nous continuons pastoralement à vivre la miséricorde. Nous avons déjà intégré dans notre programme d’activités pastorales pour 2017 l’initiative du pape dans la Bulle d’indiction Misericordiae Vultus, appelée « vingt quatre heures pour le Seigneur », du vendredi et du samedi qui précèdent le IVe dimanche de Carême. Par ailleurs, pour nous préparer à la solennité du Christ Roi de l’Univers qui se reconnaît dans les pauvres et qui nous jugera d’après les œuvres de miséricorde, nous allons également intégrer dans notre programme diocésain l’intuition du pape dans sa Lettre Apostolique Misericordia et misera nous invitant « à célébrer dans toute l’Église, le XXXIIIème Dimanche du Temps ordinaire, la Journée mondiale des pauvres ». La miséricorde du Seigneur n’a pas de limites et nous allons la vivre tout au long de cette année pastorale.

6°) Entre autres faits marquants de cette première année d’épiscopat, on pourrait citer la constitution de votre curie ; une équipe que d’aucuns trouvent très jeune. Que visez-vous à travers une telle option ?

Pour favoriser la communion dans notre Eglise diocésaine et notre mission commune, il existe autour de l’évêque le collège des consulteurs, le conseil presbytéral, le conseil pour les affaires économiques et pour les affaires judiciaires. Tant mieux pour ceux qui trouvent que c’est une équipe de jeunes. J’ai prié et j’ai fait prier pour que le Seigneur me donne les collaborateurs dont j’ai besoin. J’imagine que ceux qui observent y voient plutôt la jeunesse du cœur dont notre Eglise diocésaine a besoin pour témoigner et annoncer l’Evangile. La curie diocésaine est formée de personnes, d’offices, de commissions diverses qui sont aussi des instruments de notre spiritualité diocésaine. Avec eux toutes les composantes du peuple de Dieu sont tenues de discuter et d’être en harmonie pour réveiller en nous les dons de Dieu. Notre Eglise diocésaine a des objectifs à poursuivre, étudiés dans un discernement communautaire et traduits dans la pratique des plans, des projets, des indications pastorales comme le thème et le plan pastoral d’année.

7°) Au lendemain de ce premier anniversaire qui marque pratiquement la fin de la période d’observation, quelles sont vos priorités pastorales pour votre diocèse ?

Nous avons inauguré la nouvelle année pastorale le 4 octobre dernier et nous avons choisi un thème d’année libellé comme suit : « Eglise-famille de Dieu à Porto-Novo, réveille en toi le don de Dieu ». Afin que ce thème ne reste pas un vœu pieux, des orientations pratiques ont été prises dès le commencement de la nouvelle année liturgique avec le temps de l’Avent. Il revient aux agents pastoraux, prêtres, religieux, religieuses, laïcs engagés de faire entrer le peuple de Dieu dans l’esprit de la pastorale diocésaine. Nous voulons vivre dans cette unité d’esprit que l’Eglise famille de Dieu à Porto-Novo s’est constituée par amour de Dieu pour nous. Nous voulons prendre conscience de notre identité originale et originelle avec l’engagement de réveiller en nous les dons de l’Esprit Saint afin de constituer une vraie famille de Dieu.

Dans les priorités pastorales, il y a une insistance sur les actions pratiques dans les différentes phases d’exécution. Ainsi l’exigence de la redécouverte de la Parole de Dieu est suivie de l’opération « un fidèle, une Bible » et l’initiation à la lectio divina. Le reste est contenu dans le programme d’actions pastorales de cette année. Tout fidèle et tout lecteur peut y recourir.

8°) Deux traits de votre personne font l’unanimité au sein de vos fidèles : le sourire et le sens de l’humour. Pouvez-vous partager avec nous un fait qui vous a arraché le sourire au cours de cette première année d’épiscopat ?

En fait, vous me renvoyez une image de moi-même que je considère comme une exigence, un engagement, un défi à relever. Tant mieux si ces traits font l’unanimité au sein des fidèles. Mais je les considère désormais comme une ligne de conduite pour être plus proche des prêtres, des agents pastoraux, des fidèles. Pour continuer à vous répondre, parmi les mille et une situations qui m’ont arraché un sourire, je vous rapporte ce fait. En pleine célébration de la confirmation dans un milieu aux diversités linguistiques, au moment de l’onction, en prononçant en français les paroles du rite, une confirmande d’un âge certain m’a spontanément et discrètement dit sans ambages dans sa langue maternelle : « moi, je ne comprends pas français ». Alors, j’ai dû me raviser et m’adresser particulièrement à elle dans sa langue maternelle, avec mon sourire bien évidemment !

9°) Votre mot de fin …

Je reste attentif aux besoins des populations en matière de soins de santé primaire avec nos structures sanitaires. Je n’oublie pas non plus la formation permanente des prêtres et les sessions de formations des catéchistes qui jouent un rôle important dans notre Eglise locale. Le Seigneur est à l’œuvre et je lui rends grâce. C’est le Maître qui conduit la barque. Je voudrais encore une fois me remettre entièrement entre les mains du Seigneur pour les défis majeurs à relever comme l’attention aux marginalisés, aux enfants, aux malades dont la foi est sujette à tous les vents contraires de ce monde. Il s’agit de rejoindre ceux qui sont à « la périphérie de l’existence », tout en entraînant les plus pourvus vers les indigents. Puissé-je me laisser conduire par lui. Aussi voudrais-je me recommander à vos prières. Je le dis et je le redis à tous les lecteurs à la suite du pape François : s’il vous plaît, priez pour moi.

Propos recueillis par le Père Eric Oloudé OKPEITCHA